La notion de compétence vue comme un mouvement plutôt que comme un état

10 Juin 2021

La notion de compétence vue comme un mouvement plutôt que comme un état © Pixabay France Stratégie a présenté, lors d’un webinaire le 3 juin dernier, son rapport « Quelle place pour les compétences dans l’entreprise ? ». Le constat est sans appel : les approches fondées sur la compétence restent encore très minoritaires en entreprise.

« Construire de nouvelles trajectoires professionnelles nécessite de savoir d’où l’on part : de quelles compétences font preuve les travailleurs et quelles compétences sont attendues par les entreprises ? Or il s’avère que les entreprises, notamment les TPE et PME, ne se sont pas approprié cette notion », annonce d’entrée de jeu Gilles de Margerie, commissaire général de France Stratégie. Ce constat est le fruit d’une étude portant sur le caractère structurant de la notion de compétence sur le marché du travail, présentée dans le rapport « Quelle place pour les compétences dans l’entreprise ? ». 

Les auteurs du rapport, Marième Diagne et Vincent Donne, identifient deux approches de la notion de compétences :

  • une approche normative et prescriptive dans le cadre de la Gestion Prévisionnelle des Compétences, mobilisant nombre de consultants, notamment sur la construction de référentiels de compétences ;
  • une approche institutionnelle, où la « compétence » devient un objet de lutte contre le chômage de masse. 

Au final et sauf exception, les auteurs constatent que « la plupart des RH ou chefs d’entreprises s’appuient peu sur cette notion de compétences, que ce soit dans le cadre du recrutement ou celui de la gestion des compétences ou encore de la formation ».   

Pourtant, rappelle Emmanuelle Begon, coordinatrice à la Maison de la formation en situation de travail, « la notion de compétences donne l’occasion de s’interroger sur les activités de travail menées dans un environnement donné. Ce n’est ni un attribut personnel acquis pour toujours, ni un objet, mais un mouvement qui s’élabore par construction collective ». C’est ainsi qu’elle relativise l’intérêt des approches gestionnaires ou mécanistes tout en admettant que les outils sont utiles « pour interroger le réel mais, pas pour le décrire ». Aline Bomba, responsable études marketing et projets à enjeux sociétaux à l’Opco Uniformation, illustre ces propos en décrivant les nouveaux supports des échanges entre conseillers et entreprises, à savoir un référentiel métiers et le catalogue de formation. 

Anne de Blignières, maître de Conférences hors classe, Université Paris Dauphine PSL, explique que « la clé de la stratégie des entreprises est d’accepter l’imprévisibilité des compétences que ce soit à court ou moyen terme ». Les compétences dites acquises étant fragiles, elle préconise de « déplacer le curseur de la compétence identifiée et produite, aux conditions de production de la compétence ». C’est ainsi que « les demandeurs d’emploi ont avant tout besoin de vivre des expériences de qualité, dans des situations réelles ou reconstituées par le biais de la formation » complète Emmanuelle Bégon.

Coté entreprises, s’approprier cette notion est « utile pour faire la différence avec la concurrence » affirme Matthieu Charnelet, gérant de la Main de Jeanne. Or, le système institutionnel apparaît complexe et l’offre de services des structures Efop, mal adaptée. Il faudrait « entrer par les pratiques des entreprises plutôt que par les outils » recommande Emmanuelle Bégon. Cette approche, poursuite-elle, nécessite non seulement des budgets et des effectifs suffisants, mais aussi des regards évaluatifs axés sur la qualité de l’offre plutôt que le nombre d’actes réalisés. 

Consulter le rapport « Quelle place pour les compétences dans l’entreprise ? »

Frannçoise Lemaire

Tags : compétences | entreprises | France stratégie | salariés | demandeurs d'emploi

Replay du webinaire