A Paris, le lycée Raspail mobilise avec succès les entreprises

05 Mars 2020

Daniel Garault - Directeur délégué aux formations professionnelles et technologiques, Lycée des métiers de l'énergie et de l'environnement (Lycée Raspail)

Mr Garault, Directeur Délégué aux Formations Professionnelles et Technologiques Son rôle de porteur de projets au sein du lycée Raspail, à Paris conduit Daniel Garault à s’impliquer dans l’orientation des élèves et des étudiants en organisant notamment de rencontres avec les entreprises.

« La présence des entreprises, ou d'associations les représentant, est déterminante dans le processus d’orientation d’un jeune. Elle a non seulement besoin d’être banalisée mais aussi balisée, c’est-à-dire organisée à des fins pédagogiques. »
Depuis combien de temps vous impliquez-vous dans l'orientation des élèves et des étudiants ?
Depuis 13 ans déjà, ce qui m'a permis de nouer des liens très serrés avec les entreprises d'un côté, avec les professeurs et les élèves de l'autre. Le sujet de l’orientation n’est pas nouveau au sein de l’Education nationale, mais il est trop souvent mal identifié par les jeunes et leurs familles.
Pouvez-vous nous présenter des projets que vous avez menés dans ce cadre ?
Au Lycée Raspail, l’année scolaire est jalonnée de rencontres avec les entreprises, à travers des conférences et des présentations techniques. Elles s’adressent aux 200 étudiants de BTS, en première et deuxième année, et se réalisent les mardis de 13h à 15h, un créneau dédié à l’accompagnement personnalisé des étudiants.

D'autres événements ont lieu, tel le témoignage de 6 à 10 anciens élèves du lycée chaque mois de novembre. Ils présentent les activités qu’ils mènent, les resituent dans les missions qu’elles servent et dans les postes qu’ils occupent en précisant bien l’environnement de l’entreprise : sa taille, ses clients, etc. Ceci donne de la chair aux offres d’emplois, dont le libellé apparaît souvent abstrait aux étudiants. Autre intérêt : les étudiants se familiarisent avec le vocabulaire technique en usage dans le secteur. Et puis, surtout, ils entendent parler du monde du travail avec enthousiasme. Par exemple, ils réalisent qu’avec un BTS, il est possible de devenir responsable de salle blanche ou l'un des huit responsables régionaux d’Engie !

Pouvez-vous évoquer la journée de recrutement qui se situe en avril/mai de chaque année ?
Oui, c’est un moment très attendu. Un moins avant la date, des responsables de Ressources Humaines de grands groupes, de PME ou de sociétés d’intérim, livrent des conseils et recommandations sur les techniques de recherche d’emploi, la valorisation de son CV en particulier. Puis, 15 jours avant la date, une dizaine d’entreprises viennent se présenter et préciser les offres d’emploi disponibles, les qualités attendues, etc. Enfin, le jour J, 300 étudiants munis d’un « passeport de circulation » rencontrent des entreprises en face à face, qui leur proposent des stages et des contrats d’apprentissage.

Le « passeport de circulation » est donné aux étudiants qui se sont impliqués dans la préparation de la journée, en préparant avec attention leur CV, en acceptant de faire un effort sur leur tenue vestimentaire par exemple. C’est un exercice de recrutement grandeur réelle mais avec une intention pédagogique très claire. En effet, chaque étudiant reçoit une évaluation de l’entreprise à la fin de son entretien, ce qui lui permet de connaître ses points forts/faibles en recrutement.

Un des derniers événements dont nous sommes fiers, car il a rencontré un bel écho dans la profession, est le salon professionnel « Microclima » qui a eu lieu en 2019 pendant 2 jours. Il a accueilli, 1 000 visiteurs, dont 400 professionnels et 600 lycéens.

Quels principaux freins avez-vous identifiés dans l’accompagnement en orientation des jeunes ?
Les professeurs des collèges, qui ne connaissent pas les contenus techniques, ont tendance à recommander à leurs élèves d’aller le plus loin possible, persuadés que ce sera le mieux pour eux. De fait, les formations techniques sont mal connues ; elles souffrent d'un défaut d'attractivité alors qu’elles mènent à l’emploi, même quand les élèves n’ont pas obtenu leur diplôme !

Autre difficulté dans la rencontre avec les entreprises, c’est la méconnaissance des codes, du formalisme. Les connaître et se les approprier, pour éviter des ruptures de contrats par exemple, est absolument nécessaire. Il faut intégrer un autre monde en quelque sorte.

Et puis aussi, les représentations peuvent devenir bloquantes. Les employeurs ne sont pas des personnes qui vous « attendent au tournant », mais ils sont avant tout dans l’efficacité. Il faut leur donner envie d’échanger avec soi, de poser des questions, il faut démonter son intérêt…et non pas être dans une attitude passive et attentiste.

Propos recueillis par Françoise Lemaire (février 2020)