Mod'Action, parcours culturel, professionnel et linguistique autour de la mode à Paris

28 Septembre 2017

Steven Boussion - Formateur associé et coordinateur du Projet Mod’Action à Langues Plurielles.

Steven Boussion Dans le cadre du projet de soutien à la filière mode sur le quartier de la Goutte d’Or, l'organisme de formation Langues Plurielles propose des formations linguistiques sur mesure aux professionnels du quartier.

« Clé d'une installation professionnelle durable pour nos stagiaires, l’apprentissage de la langue est pour eux un enjeu aussi important que la maîtrise de leur métier. »
Pouvez-vous présenter le projet Mod’Action au cœur du Pôle territorial de coopération économique de la Goutte d’Or ?
Le projet Mode de la Goutte d’Or a été élaboré à partir du constat que le quartier comptait de nombreux artisans et entrepreneurs dans le secteur de la couture et de la mode, pour beaucoup originaires d’Afrique avec un potentiel économique important mais nécessitant un accompagnement.

Après un travail de concertation avec les acteurs économiques du quartier, un projet a été élaboré et a bénéficié d’une labellisation et de financements par l’Etat et la Région comme Pôle territorial de coopération économique (PTCE). L’Association des professionnels de la Mode et du Design de la Goutte d’Or a ensuite été créée en 2011. Elle a développé des actions en matière d’animation et de structuration d’un réseau de professionnels et créé une coopérative d’artisans en 2014, « la Fabrique de la Goutte d’Or », favorisant les mutualisations et collaborations économiques entre membres. Le projet compte de nombreux volets : développement des activités avec la mise en place d’une coopérative, actions d’insertion professionnelle, qualification des couturiers au travers de formations linguistiques et techniques... C’est sur ce dernier volet qu’intervient Langues Plurielles, qui est une Société coopérative et participative (Scop), en partenariat étroit avec les Cours municipaux d'adultes (CMA) de la Ville de Paris.

Depuis 2011, nous conduisons donc, dans ce cadre global, le projet Mod’Action qui permet à une trentaine de couturiers travaillant à la Goutte d’Or de participer chaque année à nos formations en français et compétences clés.

Pouvez-vous décrire le rôle des formations linguistiques dans le développement d’activités liées au projet de structuration de la filière mode et design de ce quartier ?
Nos formations sont axées sur l’univers de la mode et de la couture afin que les couturiers puissent acquérir les compétences linguistiques nécessaires au suivi de formations techniques (notamment proposées par les CMA de la Ville de Paris) et au déploiement de leur activité professionnelle. Ces couturiers et brodeurs ont, en majorité, reçu une formation empirique de quatre ou cinq ans en atelier au Sénégal, au Mali, en Mauritanie ou encore en Guinée, mais la plupart d’entre eux n’a jamais eu la chance de fréquenter les bancs de l’école ou a dû les quitter très tôt. Ils sont francophones, mais ont eu peu ou pas accès à l’écrit. À la clé de leur installation professionnelle durable, l’apprentissage de la langue est donc un enjeu aussi important que la maîtrise de leur métier.

Mod’Action a aussi pour ambition de faire découvrir à nos stagiaires des lieux et événements dédiés à la Mode à Paris et en Ile-de-France. En effet, pour les aider à développer une culture et un réseau professionnel, Langues Plurielles propose, en plus du volet linguistique, un parcours culturel et professionnel sur le thème de la mode – visites d’ateliers de Haute Couture, défilés, rencontres avec des professionnels du secteur, expositions, etc…-. Plus que de simples sorties, ces pratiques culturelles partagées favorisent l’esprit critique et le dialogue interculturel.

La Scop Langues plurielles porte-t-elle d’autres actions d’apprentissage du français en contexte professionnel ?
Nous proposons également des formations destinées à des personnes travaillant dans d’autres secteurs professionnels comme l’hôtellerie et la restauration, le BTP, le personnel hospitalier par exemple. Ces formations couvrent différents niveaux pouvant aller de l’alphabétisation à la remise à niveau, en passant par le Français langue étrangère. Elles s’adressent à des personnes peu ou très qualifiées, ayant le français comme langue maternelle ou seconde, et éprouvant des difficultés de compréhension et/ou d’expression orale(s) et/ou écrite(s). La prise en compte des centres d’intérêt, modes d’apprentissage, besoins prioritaires et attentes de chaque salarié est au cœur de nos formations.

Propos recueillis par Christine Barret-Labre (septembre 2017)

Tags : apprentissage du français | métiers | développement des territoires | Paris