Les CMA mobilisés pour développer des parcours d'apprentissage du français en lien avec l'insertion professionnelle

24 Juillet 2018

Hugues Pouyé - Coordinateur général des Cours municipaux d’adultes (CMA) de la Ville de Paris

Les CMA ont, au sein de la collectivité parisienne, à côté de leur offre de formation, une mission d’ingénierie pédagogique au service des différentes directions de la ville impliquées dans la formation.

« Ce sont les publics migrants peu ou pas scolarisés qui ont permis aux CMA de développer une culture de l’innovation. Ils représentent, en effet, une valeur paradigmatique dans la recherche en formation »
Les Cours Municipaux d'Adultes (CMA) proposent une offre de formation très diversifiée. Quelle est votre mission et la place des cours de français dans cette programmation ?
Comme coordinateur général des CMA en charge du pôle ingénierie pédagogique, j’anime l’équipe des vingt coordinateurs pédagogiques dans leurs missions d’élaboration de la carte annuelle des formations, d’amélioration continue des pédagogies et de professionnalisation des formateurs. Environ 27 000 adultes se forment chaque année aux CMA, répartis à part égale en français, dans les onze langues étrangères et dans les métiers. Concernant la langue française, les CMA ont développé une offre en fonction de trois critères : le degré de francophonie, le degré de scolarisation et l’origine linguistique des apprenants. À côté des filières du français pour francophones peu ou pas scolarisés dans leur pays d’origine et du français pour allophones scolarisés (FLE), existe une filière, unique en France, destinée à des publics allophones peu ou pas scolarisés, dont certains sont non lecteurs non scripteurs. Cette filière, en progression croissante avec les dernières vagues de migration, repose sur une ingénierie spécifique pour laquelle les CMA sont souvent sollicités à l’intérieur et à l’extérieur de la collectivité parisienne.
La Ville de Paris est mobilisée pour développer des parcours d'apprentissage du français en lien avec l'insertion professionnelle. Comment se fait l'articulation des CMA avec ces dispositifs ?
La question majeure pour les CMA porte sur la « professionnalisation » de leur approche linguistique. Un chantier d’ingénierie pédagogique commencé en 2016 a consisté pour une équipe de formateurs (langue française et métiers) à conduire un audit interne aux CMA sur l’état et les besoins de cette « professionnalisation ». Plusieurs pistes, dont certaines ont déjà donné lieu à des expérimentations, ont été ouvertes : intégration d’éléments professionnels dans les cursus existants ; ouverture de formations dédiées à l’élaboration du projet professionnel et de formation ; sensibilisation des formateurs à l’accompagnement professionnel ; adaptation de l’offre métiers des CMA aux profils d’apprenants issus de la migration, etc. Elles rendront possibles des parcours intégrant mieux langue et formation professionnelle, tant en interne aux CMA qu’avec des partenaires externes.
Votre service propose un appui aux acteurs parisiens de la formation. Pouvez-vous décrire votre contribution ?
Les CMA ont, au sein de la collectivité parisienne, à côté de leur offre de formation, une mission d’ingénierie pédagogique au service des différentes directions de la ville impliquées dans la formation (DDCT, DAE, Dases, etc.). C’est par exemple à ce titre qu’ils sont chargés au sein de Réseau EIF-FEL de l’animation et de la professionnalisation des équipes d’évaluation ou encore qu’ils exercent une mission de conseil auprès de la DDCT dans le dispositif issu des appels à projet REFUG relatifs à l’« Apprentissage du français à destination des migrant.e.s parisien.ne.s résidant en centres d’hébergement ».
La question de l'accès à la certification tout au long du parcours linguistique des apprenants est souvent évoquée par ces acteurs. Comment organisez- vous la validation des compétences langagières ?
La plupart des formations des filières du français donnent lieu à un certificat de compétences interne. Par ailleurs, les CMA proposent des préparations au DCL FP (français professionnel) pour leurs publics francophone et allophone peu scolarisés ainsi qu’au DELF B1 et B2. Néanmoins la question de l’évaluation formative est prégnante aux CMA a fortiori quand il s’agit de rendre véritablement acteurs de leur formation des publics peu qualifiés.
Une phrase de conclusion ?
Ce sont les publics migrants peu ou pas scolarisés qui ont permis aux CMA de développer une culture de l’innovation, car ils représentent, selon moi, une valeur paradigmatique dans la recherche en formation.

Propos recueillis par Christine Barret-Labre (juillet 208)

Tags : ville de Paris | apprentissage du français | migrants