Le pacte contre l’échec scolaire de l’Afev

24 Juillet 2013

Nathalie Ménard - Présidente de l'Association de la fondation étudiante pour la ville (75)

Menard, AFEV Alors que le décrochage scolaire est au coeur des préoccupations, Nathalie Ménard présente le pacte contre l'échec scolaire que son association a initié et les pistes possibles de changement.

« Dans le domaine de l'orientation, la voix des jeunes et de leurs familles doit être mieux entendue et prise en compte. »
Pouvez-vous nous présenter l'Afev en quelques mots ?

L'Afev est le 1er réseau national de mobilisation d'étudiants bénévoles dans des actions de solidarité. Depuis 20 ans, centrée sur les inégalités scolaires que vivent les enfants des quartiers populaires, l'Afev implique chaque année 7 000 étudiants, 400 volontaires et 120 salariés.

Pourquoi l'AFEV a-t-elle initié le "pacte contre l'échec scolaire" ?

La France connaît un échec scolaire massif, dont la sortie de 150 000 jeunes sans diplôme par an constitue l’un des premiers symptômes. La réussite scolaire est devenue un élément d’angoisse fort pour beaucoup de familles, conscientes du poids prépondérant du diplôme dans la trajectoire professionnelle et sociale de leur enfant.

Notre système scolaire se caractérise par 2 éléments : une forte inégalité sociale face à la réussite scolaire, et un mal-être prégnant chez les élèves. Ainsi, dans les quartiers populaires, plus d’un tiers des enfants déclare partir angoissé à l’école le matin.

Depuis 20 ans sur le terrain, l’Afev prend quotidiennement la mesure de ce constat. Le Pacte contre l'échec scolaire visait à interpeller les pouvoirs publics, en période de campagne présidentielle, sur cette catastrophe sociale qu'est le décrochage scolaire et la défiance des français envers leur école.

Comment peut-on accompagner les jeunes pour que l'école ne soit plus synonyme de souffrance en cas de difficulté d'apprentissage ou de situation d'échec scolaire ?

Notre école fonctionne par une compétition très forte ; il faut en finir avec cette course, privilégier la coopération et un mode d'évaluation moins stigmatisant que la notation qui fait figure de couperet, dés l'école élémentaire. On parle peu de bien-être à l'école, c'est pourtant un élément fondamental dans le vécu des enfants et des jeunes. Nous devons sortir de l'équation effort = souffrance.

Les bénévoles de l'Afev, toute l'année, 2 h par semaine, accompagnent les enfants et les jeunes pour les aider à reprendre confiance en eux, valorisent ce qu'ils savent et ce dont ils sont capables. Il existe un enjeu très fort à trouver une meilleure articulation entre l'école, les familles et les associations d'éducation populaire. Cet accompagnement individualisé qui prend en compte toutes les dimensions d'un enfant, qui n'est pas qu'un élève, est une des solutions qui peut être mise en place aux côtés de l'école.

L'AFEV souhaite que la filière professionnelle devienne un choix et non une voie empruntée "par défaut". Comment changer l'image de la voie pro et surtout l'orientation des jeunes ?

Lorsque l’enseignement professionnel ne sera plus présenté et vécu comme une filière par défaut pour ceux qui sont en échec, nous aurons fait du chemin... Il y a en ce domaine une révolution culturelle à mener pour véritablement réhabiliter cet enseignement, pour qu'il ne soit plus la voie de garage par rapport à la norme que constitue l'enseignement général.

Dans le domaine de l'orientation, la voix des jeunes et de leurs familles doit être mieux entendue et prise en compte. Les familles ont souvent le sentiment qu'on ne les écoute pas et que les décisions d'orientation sont prises sans eux. Il faut les associer à la construction du projet de poursuite d'étude, du projet professionnel de leur enfant. Les bénévoles le constatent tous les jours par leur intervention au sein des familles, les parents, même ceux qui sont en grande difficulté sociale, sont impliqués dans la scolarité et concernés par le devenir de leur enfant. Ils peuvent être démunis parfois mais ont besoin d'être mieux associés.

Propos recueillis par Sandrine Damie

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