Le français au service de l'intégration des migrants

20 Janvier 2014

Olivia Tabaste - Responsable du Centre Alpha Choisy

Olivia Tabaste Responsable administrative et du développement du Cac, Olivia Tabaste nous fait part de son expérience de formation et d'alphabétisation auprès des publics migrants.

« Chaque association crée ses propres ressources pédagogiques sur l'alphabétisation et les compétences clés. »
Quelles sont les missions du Centre Alpha Choisy ?

Association loi 1901, le Cac est un organisme de formation agissant au sein du quartier asiatique du 13e arrondissement de Paris depuis plus de 15 ans. Nous aidons environ 500 personnes par an, étrangères ou françaises, à s'insérer dans la vie sociale et/ou professionnelle à travers l'acquisition de la langue française et des savoirs de base : ateliers de savoirs socio-linguistiques, médiation sociale individuelle ou collective, accompagnement des bénéficiaires du RSA, accompagnement vers l'emploi.

Quels sont les profils des migrants rencontrant des difficultés linguistiques en Ile-de-France ?

700 000 personnes sont concernées par des problématiques linguistiques en Ile-de-France : 1/4 de la population francilienne est immigrée (Insee 2012). C'est un public adulte qui commence l'apprentissage du français souvent tard après son arrivée sur le territoire, sauf sur les dispositifs de l'Etat, où la majorité des personnes sont installées depuis moins de 5 ans. Ces personnes, en fonction de leur pays d'origine, ont été ou non scolarisées/diplômées et, par conséquent, ne rencontrent pas les mêmes difficultés par rapport à la langue française.

Une majorité de femmes fréquentent les cours de linguistique même si les hommes sont plus représentés sur l'apprentissage du français dans le cadre d'une insertion professionnelle.

Une partie non négligeable de ce public travaille déjà, mais souvent dans des emplois où il ne peut pas évoluer en raison de son niveau de français trop faible ou dans des emplois précaires. Pour beaucoup, la maîtrise de compétences professionnelles a déjà été acquise dans le pays d'origine.

Où peut-on trouver des ressources pédagogiques sur l'alphabétisation et les compétences clés ?

Les ressources sont assez pauvres du fait de leur spécificité puisqu'elles s'adressent à un public migrant en voie d'intégration. Chaque association crée ses propres outils tout en s'appuyant sur des formations de formateurs qui se développent en Ile-de-France. C'est une étape importante car de nombreux écueils sont à éviter en formation au public migrant adulte. Certains organismes tentent de mettre en commun leurs outils mais cette pratique reste encore trop rare car elle est chronophage et les subventions faibles et/ou incertaines ne permettent pas de la développer.

Un centre de ressources en Aquitaine tente de rassembler le maximum d'éléments pour que les structures et les formateurs puissent recueillir de bons outils. Par ailleurs, en Ile-de-France, l'association Cœur à lire, grâce à son site et sa newsletter mensuelle, propose de nouveaux outils ou des formations.

En ce qui concerne la formation professionnelle continue, elle est peu mobilisée par les salariés de peur d'être stigmatisés par leur employeur.

Quelles sont les compétences développées dans ces formations linguistiques des migrants ?

L'objectif est de rendre la personne autonome à l'oral et à l'écrit dans des situations de communication quotidiennes ou professionnelles. Outre l'aspect linguistique, les compétences clés sont ainsi développées pour que les personnes soient mobiles et aient confiance en elles pour s'intégrer socialement et professionnellement. Chaque type de formation propose des objectifs spécifiques et s'adapte aux besoins.

Quels sont les facteurs de réussite pour ces actions de formation ?

Une bonne lisibilité de l'offre de formation est le premier facteur de réussite. Il est pourtant difficile d'obtenir des catalogues complets de ces offres même si certaines communes se démènent pour pallier ce manque (livrets de la Mairie de Paris ou site web du Réseau Alpha, Cours municipaux d'adultes).

Par ailleurs, le nombre de places en formation reste insuffisant face à la demande. L'accompagnement social est aussi un facteur essentiel : une personne entrant en formation est disponible pour l'apprentissage si les freins sociaux sont levés grâce à des référents de parcours. Je ne cacherai pas que cet aspect est difficile à mettre en œuvre.

Propos recueillis par Sandrine Damie

Tags : alphabétisation | illettrisme | migrants