L'avant-projet de réforme de la formation laisse de nombreuses questions pendantes

10 Avril 2018

Jacques Faubert - Président de la CSFC Ile-de-France

Jacques Faubert A la veille du séminaire de printemps de la Chambre syndicale des formateurs consultants d’Ile-de-France (CSFC IdF), son président s’exprime sur le projet de réforme de la formation professionnelle qui sera prochainement présenté en Conseil des ministres.

« Il va falloir mieux affronter les nouveaux marchés de la formation « post-réforme » plutôt que de se replier sur des pratiques et postures anciennes. »
Pouvez-vous présenter la CSFC Ile-de-France ?
La Chambre syndicale des formateurs consultants d’Ile-de-France, composante de la Fédération des CSFC, regroupe plusieurs dizaines d’acteurs de l’accompagnement des compétences engagés dans un ou plusieurs des métiers constituant la profession (formateurs, consultants, coachs), sans discrimination de statut mais avec une majorité de « solo-entrepreneurs ». Toutes et tous sont des professionnels autonomes dont la valeur ajoutée réside dans la capacité à réaliser des missions « sur mesure », dans le respect d’une « Charte déontologique et de qualité » et de l’engagement de la Chambre au sein de l’Afnor.
Quelle est votre impression globale sur le projet de réforme de la formation ?
Pour la CSFC, la réforme de la formation professionnelle est d’abord marquée par les résultats contrastés de l’Accord national interprofessionnel (ANI) dont les avancées, sur le CPF ou le CEP notamment, ont été pour partie occultées par le temps et les moyens consacrés à discuter « tuyauterie ». De ce fait, nous n’avons pas été surpris de voir la Ministre exprimer sa déception que beaucoup de sujets de la feuille de route présentée par le gouvernement en novembre 2017 n’aient pas été réellement traités : une réelle simplification de la gouvernance et des dispositifs (y compris de la certification des formations), une « personnalisation » des droits à formation plus audacieuse ou encore une remise en cause de tout ou partie des « intermédiations » de la formation… Ne pas avoir pris ces questions à bras le corps a offert à l’Etat l’occasion d’une reprise en main inédite.
La réforme apportera-t-elle des réponses concrètes aux problématiques d'évolution des besoins de compétences au sein des entreprises ?
Les propositions « chocs » de la Ministre, de la monétarisation du CPF au fait d’embarquer les nombreuses instances paritaires existantes dans la constitution de l’Agence « France Compétences », en passant par la solidarité obligée envers les TPE-PME ou le passage de la collecte à l’Urssaf, laissent encore de nombreuses questions pendantes : que ce soit pour inciter les entreprises à investir plus et mieux dans les compétences et donner un contenu exigeant à la transformation du Plan de formation en « Plan de développement des compétences », pour appuyer les managers, souvent démunis, en première ligne dans l’accompagnement des compétences des salariés en place et l’intégration des nouveaux salariés (y compris par la revalorisation des rôles de tuteurs, moniteurs ou maîtres d’apprentissage), ou encore pour faire de l’accompagnement tout à la fois des entreprises et des personnes un enjeu qui dépasse le CEP, fut-il amélioré… C’est d’ailleurs en particulier sur ces questions que nous tenons notre Séminaire de printemps le 12 avril 2018, avec France Stratégie, la DGE, CCI France, Agefos PME, Actalians, l’Afnor et de nombreux professionnels.
Sur le plan de la qualité en formation, quelles vos attentes et préconisations ?
Nous attendons de la réforme qu’elle mette de l’ordre dans le capharnaüm des « labels » acceptés au fil de l’eau par le Cnefop, qu’on ramène à minima le Datadock à un usage sensé (adapté à toutes les strates d’offreurs de formation, même les solo-entrepreneurs) et qu’on se rapproche clairement des règles de « construction de la confiance par l’amélioration continue » qui sont de mise en entreprise. Ceci implique de privilégier la certification par un tiers (et non « entre pairs »), conforme aux règles d’un organisme interministériel, le Cofrac, et de s’adosser, dès leur parution prochaine, aux normes internationales de l’ISO (qui offrira prochainement toutes les références utiles tant au management de la formation qu’à la construction des parcours ou l’évaluation en formation). Comme le soulignent de nombreux acteurs du développement des compétences tels qu’Hubert Grandjean, Jean Pierre Willems ou Marc Dennery, il va falloir mieux affronter les nouveaux marchés de la formation « post-Réforme » plutôt que de se replier sur des pratiques et postures anciennes, en rêvant d’une « ligne Maginot » corporatiste illusoire : les « accompagnateurs de compétences » que nous entendons être se doivent d’être au rendez-vous !

Propos recueillis par Patricia Holl (avril 2018)

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