De la prospective à la carte des formations

28 Juillet 2014

Frédéric Lainé - Chargé de mission prospective métiers et qualifications au CGSP

Frédéric Lainé Lieu d’échanges et de concertation, le Commissariat général à la stratégie et à la prospective (CGSP) apporte son concours au Gouvernement pour la détermination des grandes orientations de l’avenir de la nation.

« La prospective peut servir les jeunes, leur donner une vision de l'avenir et les aider dans leurs choix d'orientation. »
En quoi consiste la prospective au CGSP ?
Cela consiste à explorer les futurs possibles, dans notre cas en matière de métiers et de qualifications. Nous établissons des projections sur les créations d'emplois et les départs à la retraite, qui sont mises en regard avec l'évolution des métiers et de leurs compétences, ou encore la façon dont les métiers sont pourvus (par des jeunes, des personnes en milieu de carrière, des personnes d'autres régions, etc.).

Il s'agit d'un travail d'équipe, qui implique des économistes pour établir un cadrage économique et prévoir comment vont évoluer la croissance ou les secteurs d'activité. Le travail statistique joue également un rôle important. Nous devons nous appuyer sur des chiffres réels pour faire une projection. Notre source principale est l'enquête emploi de l'Insee. Nous travaillons aussi avec d'autres organismes, comme la Dares et le Céreq. Enfin, nous confrontons nos résultats à des experts. Ils sont présentés aux branches professionnelles, qui donnent leur avis.

D'après les différentes projections réalisées, quels sont les métiers qui présenteront le plus d'opportunités d'emploi à l'avenir en Ile-de-France ?
L'Ile-de-France devrait à peu près suivre les évolutions du niveau national. Trois grandes tendances se détachent. D'abord la poursuite de la tertiarisation du marché du travail et, en son sein, une évolution favorable pour les métiers d'aide et de soins aux personnes (infirmiers, aides à domicile, aides-soignants). Parallèlement aux postes d'employés peu qualifiés qui devraient se maintenir, une seconde tendance devrait être le renforcement des cadres et des professions intermédiaires (par exemple les techniciens industriels et ingénieurs, les techniciens comptables et financiers, les cadres commerciaux), avec une croissance plus dynamique que les autres catégories socio-professionnelles. Enfin, une dernière tendance est la poursuite de la féminisation des professions les plus qualifiées et des métiers de cadre, même si cette évolution est déjà assez avancée en Ile-de-France.

D'autres métiers, où il y aura peu de créations d'emploi, offriront néanmoins de nombreux postes à pourvoir en raison d'importants volumes de départs en retraite. C'est le cas des métiers d'enseignant, d'agent d'entretien ou d'agent d'administration. Enfin, le BTP devrait offrir de nombreux postes, même si le contexte économique jouera un rôle important. Il faut aussi prendre en compte les politiques publiques, notamment en Ile-de-France le projet du Grand Paris.

D'autres métiers seront-ils au contraire moins susceptibles de créer des emplois ?
Il devrait y avoir moins d'opportunités en Ile-de-France pour les employés qualifiés, par exemple les employés de la banque-assurance ou les secrétaires, qui subiront l'impact des technologies de l'information et de la communication et des restructurations des entreprises. Dans toute la France, les métiers d'ouvriers de l'industrie, non qualifiés et qualifiés, devraient également connaître des pertes d'emploi. Cela ne veut pas dire que ces métiers n'auront pas de difficultés à recruter. Il y a un paradoxe, les métiers qui ont peu de postes à pourvoir ne sont pas forcément ceux qui n'ont pas de besoins : ils peuvent avoir des difficultés à attirer et à fidéliser leurs salariés.
A l'avenir, avoir un diplôme restera-t-il important pour trouver un emploi ?
Le niveau de diplôme protège du chômage. La dernière enquête du Céreq a encore montré que les non-diplômés et les titulaires d'un CAP ou d'un BEP étaient les plus impactés par la crise. Cela joue aussi sur le niveau de salaire.

Dans le futur, la structure des métiers devrait engendrer une demande de plus en plus importante de bac + 5, en particulier en Ile-de-France. Mais cela ne veut pas dire qu'il n'y aura pas d'avenir pour les autres niveaux de diplômes. La spécialité choisie joue également un rôle important dans l'insertion professionnelle. Enfin, il faut garder à l'esprit que tout n'est pas joué d'avance, et que le diplôme ne décide pas de tout le reste de son parcours.

Propos recueillis par Raphaëlle Pienne (mai 2014)

Tags : prospective | mutations économiques