Comment et pourquoi mobiliser une Afest ?

07 Mai 2020

Jérôme Mallet et Vincent Morel - Fondateurs d’Iccertis

Les fondateurs d’Iccertis* sont convaincus qu’une Afest doit se présenter comme une solution à un problème identifié et exprimé par l’entreprise et non pas supposé par un consultant. Il y a donc autant d’Afest que d’entreprises.

« L’Afest est appropriée pour les compétences techniques, procédurales. Pour celles relatives à des connaissances, un cadre théorique, il faut compléter par des modalités adaptées, comme la formation en présentiel ou le E-learning. »
Pourquoi d’après vous les entreprises ont-elles recours à l'Afest ?
Le recours aux Afest est très souvent lié à des nécessités de transmission de savoir-faire. Elle permet aussi de faire face aux tensions qui pèsent sur certains métiers, à des carences de personnes qualifiées sur les territoires ou encore de former petit à petit des personnes récemment embauchées, peu ou pas qualifiées. Enfin, c’est un bon moyen pour l'entreprise de valoriser son effort de formation et de renforcer la "marque employeur".

Deux exemples : un chantier de constructions navales (plasturgie) emploie une équipe de 35 stratifieurs. Avec une Afest, 90 % d'entre eux contre 65 % auparavant sont en mesure de réaliser toutes les activités requises avec une égale qualité (préparation des moules, stratification à la lance, infusion des résines par exemple). Au sein d’une structure médico-sociale, cinq personnes au lieu d'une maîtriseront bientôt une technique très performante d’apprentissage du braille à des adultes et pourront l'enseigner. On voit que c'est à partir d’une problématique clairement identifiée par l’entreprise que les indicateurs de réussite de l’Afest peuvent être identifiés et que nous pouvons les aider à "processiser" l’acquisition de compétences.

Concrètement, comment procédez-vous ?
Nous leur proposons un protocole d’accompagnement, que nous avons mis au point et testé depuis bientôt 3 ans. Il consiste à "pédagogiser", dans un premier temps, non pas l’ensemble d’une fonction mais 2 ou 3 activités liées à cette fonction et les tâches qui s’y rapportent. Pour reprendre l’exemple des stratifieurs, 7 à 8 tâches relatives à 3 activités, vont constituer le "grain" de la formation.

Autre point important : les séquences formatives durent peu de temps, par exemple 30 à 60 minutes pour la mise en situation de travail et 15 à 60 minutes en séance réflexive. Elles se concluent lorsque la compétence est acquise par la personne, c’est-à-dire que celle-ci sait faire, au niveau attendu, l’activité visée.

Quels retours vous font les entreprises à la suite de cette première Afest ?
L’enthousiasme est général mais se fonde, non pas sur la satisfaction des acteurs mais sur la réussite de l’opération, à partir d'indicateurs identifiés au départ. Cela étant il faut bien considérer que la mise en œuvre des Afest demande une forte mobilisation du collectif de travail et un effort soutenu de la part des personnes en charge de la construction et de la réalisation des parcours. Cette dimension est toujours soulignée par nos clients.
Est-ce que l’Afest vous semble adaptée pour viser un bloc de compétences voire une certification, par exemple un CQP (Certification de qualification professionnelle) ?
De notre point de vue, cela peut être un objectif mais à moyen terme. Ce qui est important dans un premier temps, c’est d’apprendre aux entreprises à disséquer le travail par son analyse pour le convertir en parcours de formation, afin de travailler sur le "grain" le plus fin possible.
Comment les Opco prévoient ils de financer ces actions ? Y a-t-il un risque de surcharge administrative pour les entreprises ?
A l’heure où nous parlons, les règles de ces prises en charge (pour les entreprises de moins de 50 salariés) sont toujours en discussion, concernant notamment l’appui et l’accompagnement par un prestataire externe. Néanmoins, on peut avancer que le temps du formateur interne sera pris en compte.
Nous préférerions ne pas parler d’administration mais de documents relatifs à la structuration de l’Afest, qui permettent de considérer le salarié comme un apprenant, ce qui ne va pas toujours de soi. Par ailleurs et pour rappel les Afest libèrent les entreprises de leurs obligations formatives.

Propos recueillis par Françoise Lemaire (février 2020)

(*) Iccertis est un cabinet spécialisé dans l’ingénierie et la mise en œuvre des Actions de formation en situation de travail (Afest).

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