Entreprises industrielles recherchent ingénieurs

Entreprises industrielles recherchent ingénieurs

13 Septembre 2016

Gwénael Guillemot - Responsable du département Industrie du CESI et Directeur de l’Institut de la réindustrialisation.

les besoins de recrutement dans ce secteur sont estimés à 100 000 personnes par an sur les cinq prochaines années Gwénael Guillemot le confirme : c’est lorsque la part de la main d’œuvre est faible que les industries françaises sont les plus compétitives dans le concert de la mondialisation. Exemples à l’appui.

« L’essor de l’industrie française passera par la création et la production de produits à haute valeur ajoutée. »
Quel état des lieux peut-on dresser de l’industrie française ? Son déclin est-il avéré ?
La décroissance de l’activité industrielle hexagonale est malheureusement une réalité. Ici, des données Eurostat nous éclairent : alors que la part de la valeur ajoutée de l’industrie représentait, à la fin des années 1980, un quart de la valeur ajoutée du pays, le ratio est retombé, aujourd’hui, à 12 %.

Les facteurs de ce repli d’activité sont connus : forte croissance du secteur des services, un impact plus faible du secteur industriel sur le PIB et, bien sûr, un recul qui semble inéluctable de l’emploi industriel, avec la destruction de plus de 2 millions d’emplois au cours des trente dernières années.

Depuis 1990, l’industrie française a perdu 30 % de ses effectifs. A l’heure actuelle, la France compte 26 millions d’actifs, dont 11 à 12 % travaillent dans l’industrie. Ils étaient plus de 20 % il y a 25 ans.

Globalement, les filières qui fabriquent des produits à faible valeur ajoutée sont en déclin. Ce mouvement va se poursuivre. Dans l’absolu, tout peut être produit en France. Mais depuis quelques années, notre industrie a perdu certains savoir-faire, comme dans le textile et dans l’univers du bâtiment. Plusieurs études montrent également qu’il n’est plus rentable de fabriquer en France. Le coût de main d’œuvre d’un produit peut dépasser le coût total de fabrication.

A l’inverse, quels sont les secteurs d’avenir dans la France industrielle ?
L’essor de notre industrie passera par la création et la production de produits à haute valeur ajoutée. Lorsque la part de la main d’œuvre est faible, nos entreprises sont parfaitement concurrentielles. La France se révèle tout à fait compétitive dans des secteurs où la recherche, l’innovation et les services occupent une place prépondérante. Pour prendre plusieurs exemples, citons l’aéronautique, avec Airbus et le Rafale, deux porte-étendards ; puis nos industries du secteur automobile, encore très performantes ; l’agroalimentaire également, qui est la filière industrielle qui a créé le plus d’emplois en 2015 sur le territoire ou encore les industries du logiciel, de l’optique et de la chimie qui se révèlent de forts générateurs d’emplois.
L’industrie française recrute-t-elle ?
Bien sûr. Selon des études menées par l’Observatoire paritaire des métiers de la métallurgie par exemple, les besoins de recrutement dans ce secteur sont estimés à 100 000 personnes par an sur les cinq prochaines années. Non seulement de nouveaux métiers apparaissent, mais il faudra prochainement combler les nombreux départs à la retraite prévus.

Plus globalement, gardons à l’esprit que les métiers industriels sont en pleine mutation, à l’instar de ceux de la maintenance qui se déclinent du niveau d’agent à celui de responsable. Pour ce dernier (Bac +5 généralement) les compétences exigées reposent sur une solide expertise technique en perpétuelle évolution. Il convient également de gommer les clichés du siècle dernier qui collaient à l’industrie : conditions de travail difficiles, environnement pollué et horaires peu flexibles.

L'industrie possède de nombreux atouts, notamment en matière de salaires, qui sont 15 % supérieurs à ceux de la moyenne nationale.

On dit que l'industrie française manque d’ingénieurs. Est-ce une réalité ?
C’est vrai. C’est pourquoi il faut encourager les jeunes diplômés à se tourner davantage vers les secteurs industriels. Aujourd’hui, près d’un jeune ingénieur sur deux se tourne vers d’autres horizons, tels que les services ou le conseil. De plus, ceux qui choisissent l’industrie sont obnubilés par les grands groupes, synonymes pour eux de bons salaires et de carrières à long terme, au détriment des entreprises de plus petite taille et moins renommées. Or, les opportunités de carrières dans les PME (Petites et moyennes entreprises) et PMI (Petites et moyennes industries) sont tout aussi alléchantes. La Conférence des directeurs des écoles françaises d’ingénieurs (CDEFI) a récemment révélé que l’industrie devrait recruter 10 000 ingénieurs diplômés supplémentaires chaque année afin de relever le challenge de la réindustrialisation.

Propos recueillis par Christian Capitaine (janvier 2016)

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