Ingénieurs du bâtiment et des travaux publics, chefs de chantier et conducteurs de travaux (cadres)

Ingénieurs du bâtiment et des travaux publics, chefs de chantier et conducteurs de travaux (cadres)

Part de l'Ile-de-France dans l'emploi national

33 %
120 734
Actifs en emploi
en France
Dont
39 522
Actifs en emploi
en Ile-de-France

Évolution des effectifs franciliens 2013-2018

+8 %

Les effectifs de cadres du BTP ont for-tement crû du fait de la reprise du secteur, des grands projets franciliens et d’une hausse des besoins en qualification sur les chantiers.

Une surreprésentation des cadres du BTP dans la région

  • Les activités et leurs évolutions

    Cette famille professionnelle regroupe l’ensemble des professionnels de l’encadrement du bâtiment, à l’exception des architectes dont l’activité est souvent distincte du reste des travaux. Il s’agit des professionnels en charge de la préparation des travaux et de la gestion du chantier dans toutes leurs composantes opérationnelles.

    Une famille professionnelle présente dans la direction des travaux à chacune de ses étapes
    Positionnement des métiers
    Source : Pôle emploi, répertoire ROME​

    Le schéma ci-dessus, basé sur le « répertoire opérationnel des métiers et des emplois » (ROME) de Pôle emploi, répartit ces professionnels entre la conduite de travaux d’une part (codes ROME sur la gauche du schéma) et la conception d’étude d’autre part (gauche).
    Les ingénieurs et cadres d’études du BTP (qui représentent les deux tiers de la famille professionnelle) élaborent les projets de travaux (ouvrage, caractéristiques techniques, prix), répondent à des appels d’offre et rédigent des cahiers des charges. Cette catégorie comporte uniquement les ingénieurs et cadres d’études intervenant principalement en amont de la réalisation des travaux.
    Les ingénieurs, chefs de chantier et conducteurs de travaux (le tiers restant) dirigent la réalisation des travaux, dans le respect des conditions définies en amont. Si les appellations d’ingénieur de travaux et de conducteurs de travaux sont souvent amalgamées, la première est la plupart du temps réservée à des professionnels ayant le titre d’ingénieur. Par ailleurs, la distinction entre les deux a surtout lieu d’être pour les plus grands projets de construction, avec un ingénieur responsable de l’ensemble des travaux et des conducteurs de travaux se répartissant les différentes parties du projet. Les ingénieurs et conducteurs de travaux prévoient les besoins en matériel, en professionnel, ordonnent les différentes étapes des travaux et sont l’interface entre d’un côté, les fournisseurs, les riverains et le maître d’ouvrage, et les chefs de chantier de l’autre côté.
    Les chefs de chantier sont quant à eux leurs interlocuteurs sur le chantier, chargés d’organiser l’avancée des travaux, d’en contrôler la qualité, d’encadrer les équipes, de répartir les tâches, de veiller à leur sécurité et de prévoir le matériel. Il est l’interlocuteur sur le chantier du conducteur ou ingénieur de travaux et réalise ses missions dans le respect des modalités fixées par ce dernier.

    Des missions variées dans la conception des travaux

    Qu’ils travaillent dans des bureaux d’études ou dans des entreprises de BTP, le rôle de ces professionnels est primordial dans l’organisation des travaux, avec comme activités principales  :

    • Réponse aux appels d’offres et réalisation d’études du projet technique
    • Modélisation du projet d’ouvrage prenant en compte les dimensions et poids de l’ouvrage, mais aussi la nature et les volumes de matériaux nécessaires
    • Définition des moyens humains et matériels les plus adaptés à mobiliser
    • Estimation des coûts à engager
    • Réalisation d’un travail de veille sur les innovations et les projets de construction à venir
    • Direction d’une équipe de chargés d’études et ingénieurs du BTP
    • Sélection des prestataires et fournisseurs
    Comme dans leur mise en œuvre

    Ils assurent également l’organisation des travaux, en adéquation avec les attentes du maître d’ouvrage et le cahier des charges  :

    • Réalisation des demandes nécessaires à la mise en place des chantiers
    • Suivi de l’avancée des travaux
    • Définition des processus de production, plans de charge et objectifs
    • Organisation des équipes
    • Supervision du travail et du respect des consignes de sécurité
    • Résolution des problèmes techniques rencontrés et ajustement du cahier des charges liés à l’exécution
    • Gestion du matériel, des matériaux et des déchets
    De nouveaux besoins en capacité, notamment en lien avec les outils numériques utilisés

    Les métiers de cadre de la conception et de la réalisation des travaux ont considérablement évolué ces dernières années. Les évolutions numériques ont ainsi introduit de nouveaux outils, dont le « Building Intelligence Modeling » (BIM, « Modélisation des données du bâtiment » en français). D’autres outils de conception et dessin assistés par ordinateur (CAO / DAO 3D) permettent la réalisation de plans plus précis et perfectionnés dès la réponse à l’appel d’offre et la présentation de devis. L’essor du numérique dans le secteur du BTP impactera également l’encadrement « de terrain » qui devra être capable de lire mais aussi de réaliser des plans via ces outils.
    Ces professionnels doivent également maîtriser une quantité de normes (QHSE, thermiques, juridiques, etc.) croissant. L’intégration des problématiques environnementales, l’essor de l’éco-construction et de la rénovation thermique contribuent également à faire évoluer ces métiers via l’acquisition de connaissances (juridiques et opérationnelles) sur ces thématiques.

  • Les secteurs concernés

    Près de 90% des actifs exercent au sein de 2 secteurs seulement
    Top 5 des secteurs d’activités employeurs
    Sources : ACOSS, Centre d’analyse stratégique. Traitement Défi métiers

    La moitié des actifs franciliens de la famille professionnelle exercent dans le secteur des « activités juridiques, comptables, de gestion, d'architecture, d'ingénierie, de contrôle et d'analyses techniques ». On retrouve dans ce secteur les cabinets d’architecte et bureaux d’études techniques, principaux employeurs des ingénieurs d’études et cadres d’études du BTP. Le fait que ces professionnels représentent les 2/3 de la FAP explique la dominance du secteur. Plus d’un tiers de la FAP travaille dans le secteur de la construction. Il s’agit principalement de l’encadrement des travaux (conducteurs et ingénieurs de travaux, chefs de chantier) même si les entreprises d’une certaine taille ont également des bureaux d’études internalisés.   
    Le reste des actifs sont disséminés dans un grand nombre de secteurs, avec une faible présence (3% maximum, soit moins de 1 500 professionnels).
    Par rapport à la répartition sectorielle nationale de cette FAP, on constate que les actifs franciliens sont légèrement plus souvent dans des bureaux d’études et cabinets d’architecte (+ 5%) et moins souvent dans le secteur de la construction (- 5%). Cet écart peut s’expliquer par la surreprésentation de ce secteur en Ile-de-France (9% des salariés franciliens y exercent contre 6% au niveau national).
    Ces deux secteurs sont en forte croissance puisque les « activités juridiques, comptables, de gestion, d'architecture, d'ingénierie, de contrôle et d'analyses techniques » ont vu leurs effectifs croître de 15% entre 2013 et 2018 en Ile-de-France alors que le secteur de la construction a connu une forte reprise d’activité post-crise de 2008 (+7% sur la même période).
    Les perspectives d’emploi pour les années à venir sont très fortes pour ce premier secteur alors que la construction devrait connaître également une hausse de son niveau d’emploi en Ile-de-France mais à un degré cependant moindre.

  • Les marchés du travail

    Caractéristiques des actifs en emploi

    Une famille professionnelle largement masculine, plutôt jeune et surreprésentée dans l’Ouest francilien
    39 522
    Actifs en
    Ile-de-France

    Répartition Homme/Femme (en %)

    Répartition H/F
    INSEE RP 2018

    Répartition des âges (en %)

    Répartition par âge
    INSEE RP 2018

    A l’instar de l’ensemble de la construction (secteur où exercent les actifs de cette famille professionnelle, en tant que salariés ou prestataires dans les études), cette famille professionnelle est largement masculine, les femmes y représentant seulement un actif sur 5. Cette faible proportion est cependant plus importante qu’au sein des actifs techniciens ou ouvriers du domaine de la construction (12% de femmes au niveau national et tous métiers confondus en 2018 d’après la FFB). Ce secteur se féminise malgré tout puisque les femmes n’étaient que 9 % en 2000. Des initiatives d’entreprise (SPIE qui lance « So’SPIE Ladies » en 2015, Vinci qui se donne pour objectif d’avoir 25 % de managers femmes en 2020) vont également dans ce sens. Cette féminisation progressive est particulièrement visible dans cette famille professionnelle, puisque les femmes n’y représentent que 10 % des actifs de plus de 50 ans, contre plus du triple parmi les moins de 30 ans.
     
    Cette dernière donnée n’est pas anodine dans la mesure où cette famille professionnelle est également plutôt jeune, avec près de 30% de moins de 30 ans (contre 20% de l’ensemble des actifs franciliens) et des actifs de 50 ans et plus sous-représentés de 10 points par rapport à la moyenne. Soulignons enfin que les actifs franciliens de la FAP sont plus souvent plus jeunes et de genre féminin que ceux au niveau national.
     
    En termes de lieu de résidence, ces professionnels sont légèrement surreprésentés à Paris (+ 3 points par rapport à l’ensemble des actifs), dans les Yvelines (+ 4 points) et dans les Hauts-de-Seine (+ 6 points), qui sont les trois départements aux prix immobiliers moyens les plus élevés de la région. Ils sont deux fois moins représentés en Seine-Saint-Denis que l’ensemble des actifs. Le niveau élevé des salaires explique (du moins permet) cette répartition spatiale : le salaire net médian en équivalent temps plein est de 2 780€ pour les moins de 30 ans et de 4 210€ pour les plus de 50 ans. Les professionnels de cette FAP sont par ailleurs plus souvent de nationalité française (90% contre 87% des actifs franciliens), ce qui peut s’expliquer en partie par la contrainte de connaître les réglementations françaises en matière de construction.

    Une large majorité de diplômés du supérieur, moins pregnante parmi les plus âgés

    Niveau de diplômes (en %)

    Diplômes
    INSEE RP 2018

    85 % des professionnels de la FAP sont diplômés du supérieur, une part nettement supérieure à celle de l’ensemble des actifs franciliens (environ 50 %). Les moins de 30 ans sont bien plus souvent diplômés du supérieur que les plus de 50 ans (presque la totalité contre les deux tiers). Les exigences de ces métiers en termes de qualification sont ainsi retranscrites dans le niveau de diplôme de ces professionnels. Seul le poste de chef de chantier est accessible sans diplôme du supérieur, mais avec une expérience conséquente de la construction (5-10 ans) en tant que chef d’équipe. Par ailleurs, ce profil de chef de chantier recruté parmi les chefs d’équipes semble de moins en moins répandu, notamment en raison des nouvelles exigences (réglementaires, numériques…) qui favorisent bien souvent le recrutement d’un diplômé du supérieur (de plus en plus de niveau bac +5).

    Des actifs à temps plein et presqu’exclusivement en CDI

    Conditions d'emploi

    INSEE RP 2018
    4 % 14 %
    INSEE RP 2018

    La nature des contrats de travail de la FAP est similaire aux niveaux national et régional, avec 95% d’actifs en CDI ou fonctionnaires (toutes FAP confondues, cette moyenne est de 78% en Ile-de-France). Il s’agit d’activités ne se réalisant guère en tant qu’indépendants (avec une fraction marginale de non salariés), et principalement sur le temps long (un chantier pouvant durer plusieurs mois ou plusieurs années dans certains cas), il est logique que la proportion de CDI soit aussi importante, à l’instar de la plupart des emploi-cadres pour lesquels les employeurs cherchent généralement à fidéliser leurs salariés.
     
    Le temps partiel est peu courant pour ces professionnels (4% des actifs, contre 15% toutes FAP confondues), en Ile-de-France, comme au niveau national.
     
     

    Caractéristiques des demandeurs d’emploi

    Des demandeurs d’emploi plus âgés et un peu moins souvent diplômés du supérieur que les actifs occupés
    4 061
    Demandeurs d'emploi enregistrés dans cette famille professionnelle
    Part des DE inscrits depuis plus d’un an (en%)
    DIRECCTE 2020
    Taux d’écoulement
    50%
    49%
    DIRECCTE 2020

    Le taux d’écoulement de la FAP est proche de la moyenne régionale, ce qui siginifie que la pat des demandeurs d'emploi ne l'étant plus l'année suivante est similaire (60 %)..
    Les moins de 30 ans ne représentent que 14 % des demandeurs d’emploi cherchant un emploi dans cette famille professionnelle, contre 25 % de l’ensemble des demandeurs d’emploi et 29 % des actifs occupés de la FAP. En revanche, alors que seuls 18 % des actifs occupés de cette FAP ont 50 ans ou plus, ils sont plus du double (plus de 40 %) parmi les demandeurs d’emploi de cette FAP. A titre de comparaison, les 50 ans et plus représentent 27 % des demandeurs d’emploi franciliens.
    La surreprésentation des actifs de 50 ans ou plus parmi les demandeurs d’emploi pourrait expliquer que « seuls » 76 % d’entre eux sont diplômés du supérieur (soit près de 10 points de moins que parmi les actifs occupés toutes classes d'âges confondues). Cette proportion est de 98 % parmi les demandeurs d'emploi de moins de 30 ans.
    Soulignons également que les femmes, qui représentent la moitié de la population active (occupée comme en recherche d’emploi), ne représentent que 14 % des demandeurs d’emploi de la FAP (contre 22 % de ses actifs occupés). 

    Les offres d'emploi et projets de recrutement

    Des offres d’emploi nombreuses et de longue durée, une durée de chômage légèrement plus élevée que la moyenne

    Durée des emplois proposés (en %)

    3 839
    DIRECCTE 2020

    En 2018, la Dares comptabilisait 2,4 fois plus d’offres d’emploi pour cette FAP que de demandeurs d’emploi. Entre 2013 et 2020, le nombre de projets de recrutement sur cette FAP en Ile-de-France a plus que doublé, passant de 1 900 à 3 900 d’après l’enquête Besoins en main-d’œuvre (BMO)[1]. Par ailleurs, la part des recrutements estimés difficiles a oscillé entre 60 et 68 % ces trois dernières années (alors qu’elle était en moyenne de 44 % tous métiers confondus en Ile-de-France). La très grande majorité des 5 200 offres comptabilisées par la Dares portaient sur des contrats de plus de 6 mois ou des CDI (environ 9 offres sur 10, contre les deux tiers de l’ensemble des offres d’emploi franciliennes) et aucune ne portait sur un contrat de moins d’un mois. Le besoin de professionnels présents tout au long des travaux explique l’incompatibilité apparente entre les contrats très courts et les activités de ces professionnels.
     
    Malgré cette proportion d’offres bien plus élevée que le nombre de demandeurs d’emploi, le taux d’écoulement de la FAP est légèrement plus faible en moyenne que pour l’ensemble des actifs franciliens, et la durée moyenne de chômage des sortants est un peu plus élevée que la moyenne francilienne également (9,5 mois contre 9,1). Ces deux derniers indicateurs peuvent également traduire le fait que ces professionnels étant recherchés sur le marché du travail (FAP bénéficiant d’une forte dynamique de croissance, nombre d’offres d’emploi plus élevé que le nombre de demandeurs…), ils auraient davantage la possibilité d’attendre une offre en adéquation avec leurs attentes (localisation spatiale, chantier, fiche de poste, rémunération).


    [1] Les chiffres donnés par BMO pour l’année 2020 ont été recueillis à l’automne 2019 et ne prennent pas en compte l’impact qu’a pu avoir la crise du COVID-19 sur l’emploi. Ils apportent cependant un éclairage quant à l’évolution des projets de recrutement dans une situation hors crise de cette ampleur.

     

  • Les enjeux pour la profession et leurs impacts sur les métiers

    Un secteur dynamique, une hausse des exigences en matières de qualification
    Enjeux par dimension

    La construction en Ile-de-France a été dynamisée ces dernières années par de nombreux facteurs : la reprise de l’activité du BTP post crise de 2008 (+7% de l’emploi francilien dans le secteur entre 2013 et 2018), les faibles taux d’intérêt qui ont favorisé la construction immobilière, la politique de subventions à la rénovation énergétique et par de « grands projets » comme celui du Grand Paris et du Grand Paris Express ou encore des Jeux Olympiques et Paralympiques 2024.
     
    Ainsi, le contrat d’étude prospective (CEP) du Bâtiment réalisé pour la Direccte Ile-de-France et les partenaires sociaux de la branche[1] estime le nombre de recrutements nécessaires sur la période 2019-2024 à environ 320 par an pour les métiers d’encadrement de chantier (ingénieurs, conducteurs de travaux et chefs de chantier, cadres ou non), dont environ 90 « créations nettes » (les autres recrutements étant liés au turn-over et aux départs en retraite). Dans le domaine des études et de la conception (incluant les ingénieurs et cadres d’études), ces estimations sont de l’ordre de près de 500 recrutements annuels dont 150 créations nettes. Le CEP des Travaux publics[2], avec une méthodologie différente, estime un besoin annuel de 180 chefs de chantiers, 120 conducteurs de travaux et près de 150 ingénieurs des TP. Dans les travaux publics, les besoins sont particulièrement forts à l’horizon 2022 et sont moindres pour 2023 et 2024, avec un ralentissement des chantiers (ceux liés aux Jeux Olympiques et Paralympiques 2024 seront en effet terminés ou proches de l’être après 2022). Le cabinet Amnyos estime quant à lui[3] la mobilisation de 1 500 emplois dans « la conduite et l’encadrement de chantier BTP » et 500 dans le champ de « la mesure, conception, et des études BTP » entre 2018 et 2024 (l’essentiel des emplois mobilisés le seront entre 2021 et 2023 pour ce chantier). A plus long terme, d’autres projets d’envergure comme celui du quatrième terminal de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle ou la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame-de-Paris devraient mobiliser un nombre d’emplois conséquents.
     
    Les perspectives d’emploi sont soutenues par une importante construction dans le neuf (+ 70 000 logements neufs par an, agrandissement des surfaces de bureaux d’après le CEP du Bâtiment), mais aussi par la transition énergétique qui a également fait de la rénovation du bâtiment (énergétique et thermique) un de ses moteurs. Le collectif « Rénovons » estime ainsi que la rénovation des « passoires énergétiques » permettra la mobilisation de 126 000 emplois en ETP sur la période 2017-2025 au niveau national, dont 15% d’emplois pérennes[4], même si, par hypothèse, les créations d’emploi dans l’encadrement de travaux sera relativement limitée en raison de la taille modeste des chantiers. D’autres thématiques telles que le développement de la fibre optique et l’arrivée de la 5G et des bâtiments intelligents ou encore l’accessibilité pourraient créer des besoins en emploi également.
     
    Les besoins quantitatifs en cadres du BTP vont également être soutenus par diverses mutations. La hausse des exigences clients en matière d’études et conceptions préalables à la mise en route d’un chantier entraîne ainsi un essor de la fonction études (et donc des cadres et ingénieurs y exerçant), au sein des entreprises comme en bureau d’études. D’après cette étude de Katalyse, « les évolutions du marché vont dans le sens d’un recours plus important aux études, à court et moyen termes, en particulier pour les plus petites entreprises » [5]. Concernant l’encadrement de chantier, la hausse des normes à respecter (en matière de qualité, sécurité, environnement notamment) et des tâches administratives à réaliser, sans que ces hausses ne soient compensées ailleurs, tendent à accroître le taux d’encadrement sur chantier[6].
     
    Enfin, la crise liée à la COVID-19 pourrait avoir des conséquences sur le secteur de la construction, celui-ci étant fortement dépendant de la conjoncture économique. Un recul du nombre de nouveaux chantiers diminuerait ainsi les besoins en professionnels sur les prochaines années, besoins qui restent conséquent vus les grands projets à venir et la rénovation énergétique en cours.
    Les mutations de la construction impactent les volumes mais également les missions des cadres du BTP. Le développement du travail via des outils numériques dans la réalisation et la lecture de plans (BIM, logiciels de CAO / DAO 3D) comme dans la gestion des commandes et chantiers se généralise à l’ensemble de l’encadrement des chantiers, et leur maîtrise tend à devenir indispensable. Les cadres d’études et de chantiers vont devoir composer avec de nouveaux modes de production (imprimante 3D) et de nouvelles problématiques (gestion des déchets). La complexification des procédures administratives et des normes juridiques et réglementaires implique également une connaissance accrue de celles-ci parmi les fonctions d’encadrement de chantier (notamment les conducteurs de travaux). L’ensemble de ces mutations – qui se cumulent avec les activités de gestion et organisation des chantiers entraînent une hausse de l’exigence et des qualifications sur ces métiers. 


    [1] KYU LAB pour la DIRECCTE Ile-de-France « Les besoins en emplois et compétences liés aux travaux du Grand Paris, aux Jeux Olympiques et Paralympiques et aux enjeux de la transition énergétique », Contrat d’étude prospective, rapport d’études, 2019, p.46

    [2] KATALYSE pour la DIRECCTE Ile-de-France « Les besoins en emplois et compétences liés aux travaux du Grand Paris, dans les Travaux publics en Ile-de-France », Contrat d’étude prospective, rapport d’études, p.25

    Des spécialités de formation portées sur l’ingénierie

    [3] AMNYOS pour le CDES, « Cartographie des emplois directement mobilisés par l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024 », mars 2019, p.20

    [4] INITIATIVE « RENOVONS » « Coûts et bénéfices d’un plan de rénovation des passoires énergétiques à horizon 2025 », rapport d’étude, 2017, p.3

    [5] KATALYSE pour l’Observatoire des métiers du BTP, « La fonction études dans les entreprises du bâtiment », rapport d’étude, 2018, p.12

    [6] KATALYSE pour l’Observatoire des métiers du BTP, « Etude sur les fonctions d’encadrement de chantier du BTP », rapport d’étude, 2017, p.8

     

  • Les formations

    Des spécialités de formation portées sur l’ingénierie
    Part des actifs de la FAP issue des différentes spécialités de formation
    INSEE EEC 2018

    Parmi les actifs en emploi depuis moins de 10 ans, un sur cinq est issu de la spécialité de formation « mines et carrières, génie civil, topographie », contre environ un tiers au niveau national. Trois autres spécialités de formation pluritechnologiques de la production (« génie industriel et procédés de transformation » ; « génie civil, construction, bois » ; « énergie, génie climatique ») concentrent un tiers des jeunes actifs. Les spécialités de formation sont plutôt variées mais majoritairement tournées vers l’ingénierie appliquée à un pan de la construction. Ces professionnels peuvent en effet être spécialisés dans un matériau (le bois par exemple), dans les travaux publics, ou même provenir de formations d’ingénieurs dans l’industrie.

    Des métiers de plus en plus accessibles par le diplôme au détriment de la seule expérience

    Au sein de cette famille professionnelle, les niveaux de qualification retrouvés sont principalement de niveau supérieur (bac +2 et plus) et de plus en plus au moins de niveau licence (bac +3).
    Alors qu’auparavant, l’accès à la fonction de chef de chantier se faisait principalement par l’évolution professionnelle, il est aujourd’hui plus équilibré entre ce profil et celui de jeune diplômé, avec une dynamique favorable aux jeunes diplômés, généralement de niveaux bac +2 ou +3 : des BTS « Travaux publics » ou « Bâtiment », du DUT « Génie civil, construction durable », ou encore des licences professionnelles « Conduite de chantiers de TP » et « Management de la conduite de travaux en bâtiment ». La complexification du métier sur différents aspects (intégration du numérique, développement des démarches QSE, hausse de l’administratif…) explique cet essor des diplômes du supérieur pour devenir chef de chantier. La réalisation de ces formations en alternance permet d’apporter une expérience indispensable pour exercer. Des diplômes davantage axés sur la formation continue permettent à des compagnons chefs d’équipe d’évoluer comme chefs de chantier (titre professionnel « conducteur de travaux du bâtiment et génie civil », TP « chef de chantier gros-œuvre »). Ces deux profils sont vus comme complémentaires et forment souvent un binôme, le jeune diplômé étant l’adjoint du professionnel expérimenté. Par ailleurs, en raison de la place importante accordée à l’expérience du terrain dans le secteur de la construction, le jeune diplômé d’école d’ingénieur peut aussi commencer comme chef de chantier pour acquérir une expérience de terrain avant de devenir rapidement conducteur / ingénieur de travaux.
     
    La fonction de conducteur de travaux n’est quant à elle pas accessible au jeune diplômé sans expérience. Au minimum, un ingénieur doit avoir exercé en tant que chef de chantier au moins un an (stages inclus), parfois jusqu’à cinq ans. Les chefs de chantier de niveaux bac +2 ou +3 doivent également posséder une expérience conséquente (6-10 ans) pour être promus conducteurs de travaux. Ces possibilités existent également pour un ouvrier, même si ce parcours (passant par les postes de chef d’équipe et de chef de chantier) est de moins en moins fréquent.
     
    Concernant les métiers d’ingénieur et conducteur de travaux comme d’ingénieur et de cadre d’étude, l’accès se fait davantage au niveau master, avec une spécialité d’ingénieur (de la construction, génie civil, d’un matériau…), d’économiste de la construction ou dans des spécialités de sciences naturelles (géologie). Il est possible de devenir cadre d’études avec un BTS « études et économies de la construction » et une expérience en bureau d’études.

  • Sources bibliographiques et de données

    Bibliographie

    AMNYOS pour le CDES, « Cartographie des emplois directement mobilisés par l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques Paris 2024 », mars 2019, 81p.
    INITIATIVE « RENOVONS » « Coûts et bénéfices d’un plan de rénovation des passoires énergétiques à horizon 2025 », rapport d’étude, 2017, 50p.
    KATALYSE pour la DIRECCTE Ile-de-France « Les besoins en emplois et compétences liés aux travaux du Grand Paris, dans les Travaux publics en Ile-de-France », Contrat d’étude prospective, rapport d’études, 36p.
    KATALYSE pour l’Observatoire des métiers du BTP, « Etude sur les fonctions d’encadrement de chantier du BTP », rapport d’étude, 2017, 36p.
    KATALYSE pour l’Observatoire du BTP, « La fonction études dans les entreprises du bâtiment », synthèse d’étude, 2018, 24p. 
    KYU LAB pour la DIRECCTE Ile-de-France « Les besoins en emplois et compétences liés aux travaux du Grand Paris, aux Jeux Olympiques et Paralympiques et aux enjeux de la transition énergétique », Contrat d’étude prospective, rapport d’études, 2019, 48p.

    Source des données

    Outil dynamique des bassins, Défi Métiers, https://www.defi-metiers.fr
    Outil dynamique des salaires, Défi Métiers, https://www.defi-metiers.fr
    INSEE, Enquête emploi continue, année médiane 2015 
    INSEE, données du recensement, RP 2016
    DARES, traitement direccte Ile-de-France
    DARES, données de prospective par FAP87, 2018-2022
    Enquête IVA (Insertion dans la vie active), dispositif national piloté par le Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, données Ile-de-France via l’enquête réalisée dans le cadre d’un partenariat entre la région, les trois académies franciliennes, la DRIAAF, la DRONISEP et Défi-métiers.