Conducteurs livreurs courte distance

Conducteurs livreurs courte distance

Part de l'Ile-de-France dans l'emploi national

16 %
204 109
Actifs en emploi
en France
Dont
33 498
Actifs en emploi
en Ile-de-France

Évolution des effectifs franciliens 2013-2018

0 %

Des emplois accessibles aux personnes peu ou pas diplômés

Des besoins croissants de livraison de colis aux particuliers

  • Les activités et leurs évolutions

    Cette famille professionnelle regroupe les livreurs de marchandises sur courte distance, coursiers mais aussi les facteurs, distributeurs de journaux et de prospectus. Elle concerne également les conducteurs de véhicule de ramassage des ordures ménagères (moins de 5% des actifs de la famille).

    Surtout des emplois de livreurs à 2 roues
    Positionnement des métiers
    Source : Pôle emploi, répertoire ROME​

    Les conducteurs livreurs, coursiers conduisent des véhicules légers (poids autorisé en charge : au plus 3,5 t) pour enlever ou livrer des marchandises, sur courte distance. Ils ont la responsabilité de leur chargement et des opérations commerciales et encaissements qui peuvent être liés à la livraison.  Les professions les plus typiques sont : chauffeur livreur, conducteur livreur, coursier et livreur. Ces professionnels peuvent conduire des utilitaires ou des deux roues (motos et vélos).

    Les livreurs courte distance peuvent évoluer vers des métiers d’intervention technique d’exploitation des transports. Ils peuvent également devenir formateur en conduite de véhicules et doivent pour cela obtenir le CCP ECSR (certificat de compétence professionnelles d'enseignant de la conduite et de la sécurité routière). Les professionnels exerçant ces métiers pourront également, avec des formations complémentaires, s’orienter vers la conduite de particuliers. Enfin, ils pourront exercer d’autres métiers relativement proches : conduite de transports de marchandises sur longue distance, voiturier, etc.

    Les activités au cœur de la famille professionnelle
    • Charger les colis, les plis
    • Conduire un véhicule de moins de 3,5 t et moins de 14 m3
    • Livrer une commande
    • Enlever un colis chez un client
    • Établir un rapport d'intervention
    ... et des activités complémentaires ou en développement
    • Réaliser l'entretien du matériel
    • Assurer une maintenance de premier niveau
    • Encaisser un paiement
    • Actualiser les données de suivi de la livraison ou de l'enlèvement sur un support numérique
  • Les secteurs concernés

    Seuls 40% des livreurs travaillent pour une entreprise du transport
    Top 5 des secteurs d’activités employeurs
    Sources : ACOSS, Centre d’analyse stratégique. Traitement Défi métiers

    Les activités de livraison sur courtes distances sont transversales à de nombreux secteurs d’activité. Le secteur des transports et entreposage emploie 40% des livreurs, coursiers, le commerce 2 livreurs sur 10, viennent ensuite les secteurs de l’hébergement restauration, celui des activités de services administratifs et de soutien et en cinquième position celui de la gestion des déchets qui emploient les conducteurs de véhicule de ramassage des ordures ménagères qui appartiennent également à cette famille professionnelle.

    Les perspectives de création d’emploi dans le secteur du transport/entreposage sont très favorables. Le développement du e-commerce notamment génère des besoins importants en livraison sur courte distance.

  • Les marchés du travail

    Caractéristiques des actifs en emploi

    Des emplois occupés presque exclusivement par des hommes
    33 498
    Actifs en
    Ile-de-France

    Répartition Homme/Femme (en %)

    Répartition H/F
    INSEE RP 2018

    Répartition des âges (en %)

    Répartition par âge
    INSEE RP 2018

    La quasi-totalité des conducteurs livreurs sont des hommes alors que les femmes représentent la moitié des actifs occupés franciliens. Bien que ce constat soit vrai également au niveau national, la part des femmes dans ces métiers est un peu plus élevée dans les autres régions (près de 10% de femmes en moyenne nationale). Les métiers de transport sont depuis longtemps considérés comme des métiers d’hommes même si des métiers de coursiers, facteurs, ou distributeurs de journaux et de prospectus qui ne nécessitent pas le port de charges lourdes ni la conduite de véhicules motorisés peuvent également attirer des femmes.

    Les professionnels de cette famille sont un peu plus jeunes que la moyenne des actifs franciliens mais cela recouvre différentes réalités selon les métiers. Les emplois de livreurs « partenaires » de plateformes numériques telles que Deliveroo, Uber Eat ou Foodora sont plutôt occupés par des jeunes, des étudiants tandis que les emplois de facteurs ou de conducteurs de véhicule de ramassage des ordures ménagères sont occupés par des actifs plus âgés en moyenne.

    Par ailleurs, les actifs qui occupent ces emplois sont plus souvent résidents du département de la Seine-Saint-Denis (22% d'entre eux contre 12% des actifs franciliens) et sont à l’inverse sous représentés à Paris (9% contre 20%). Cette répartition géographique est fréquente au sein des emplois précaires et/ou peu qualifiés.

    Des emplois accessibles sans diplôme

    Niveau de diplômes (en %)

    Diplômes
    INSEE RP 2018

    Les emplois sont accessibles sans diplôme ou avec un bas niveau de qualification. En Ile-de-France, deux tiers des livreurs courte distance possèdent un diplôme inférieur ou égal au CAP tandis que toutes familles confondues, les actifs franciliens ne sont que 30% à être peu ou pas qualifiés. Toutefois, la part importante d’actifs possédant un diplôme d’études supérieures (1 sur 3 parmi les moins de 30 ans et 1 sur 5 parmi l’ensemble des livreurs franciliens) traduit à la fois l’accès à ces emplois comme « job » étudiants mais également la nécessité ou la volonté de certains franciliens d’occuper ces emplois qui peuvent offrir une forme d’autonomie.

    On constate également un important recours à la main d’œuvre d’origine étrangère dans ces métiers en Ile-de-France (1 actif sur 4, soit près de deux fois plus qu’en moyenne régionale).

    Des nouvelles formes d’emplois précaires en développement

    Conditions d'emploi

    INSEE RP 2018
    16 % 14 %
    INSEE RP 2018

    Les chauffeurs livreurs franciliens sont dans 9 cas sur 10 en CDI et près de 1 sur 10 en CDD. La stabilité des emplois reste donc courante parmi les livreurs employés directement en CDI soit par des sociétés spécialisées (sociétés de coursiers, La Poste, DHL, etc.) soit par les entreprises de commerce ou de restauration qui offrent un service de livraison. Toutefois, les données du recensement de la population ne rendent pas encore visibles la montée du phénomène des livreurs indépendants ou auto-entrepreneurs dont l’activité est dépendante d’une plateforme numérique (« ubérisation »). Pourtant ce statut pose questions quant aux conditions de travail et cotisations à des droits (protection sociale, mutuelle, formation professionnelle). Un rapport intitulé « Réguler les plateformes numériques de travail » a été remis au Premier ministre le 1er décembre 2020. Il a pour objectif de formuler des propositions visant à « sécuriser les relations juridiques et les travailleurs sans remettre en cause la flexibilité apportée par le statut d’indépendant »[1]. Les auteurs du rapport préconisent que les travailleurs soient affiliés à une entreprise tiers (coopératives d’emplois et d’activités ou une société de portage salariale). Les propositions vont être à présent examinées par les partenaires sociaux et alimenteront les futures concertations.

    La stabilité des emplois se confirme également par le taux d’actifs à temps complet (9 sur 10) plus élevé que l’ensemble des familles professionnelles dans la région. Toutefois cette part est un peu moins élevée que pour les mêmes professionnels en moyenne nationale.

    [1] https://www.gouvernement.fr/partage/11922-remise-du-rapport-reguler-les-plateformes-numeriques-de-travail

     

    Caractéristiques des demandeurs d’emploi

    Des emplois qui attirent des hommes peu diplômés
    20 391
    Demandeurs d'emploi enregistrés dans cette famille professionnelle
    Part des DE inscrits depuis plus d’un an (en%)
    DIRECCTE 2020
    Taux d’écoulement
    48%
    49%
    DIRECCTE 2020

    Plus de 16 000 demandeurs d’emploi ont été enregistrés en 2018 sur cette famille professionnelle ce qui correspond à 2% des demandeurs franciliens alors que les actifs occupés pèsent moins de 0,2% de l’emploi francilien. En effet, il s’agit d’emplois qui offrent un accès rapide au marché du travail.

    Le profil des demandeurs d’emploi est proche de celui des actifs en emploi dans les métiers étudiés. Il s’agit essentiellement d’hommes dont un quart ont moins de 30 ans et la moitié possède un diplôme inférieur ou égal au CAP.

    La part des demandeurs d’emploi de longue durée est proche de la moyenne régionale, tout comme le taux d’écoulement de la demande.

    Les offres d'emploi et projets de recrutement

    Une offre d’emploi sur 5 concernent un emploi de moins d’un mois

    Durée des emplois proposés (en %)

    4 077
    DIRECCTE 2020

    Les demandes d’emploi sont près de deux fois plus importantes que les offres d’emploi pour les livreurs courtes distances en Ile-de-France.

    La moitié des offres concernent des emplois de longue durée (plus de 6 mois). Cela est bien inférieur aux durées moyennes des offres proposées en Ile-de-France toutes familles confondues et la part des offres d’emploi de moins d’1 mois est trois fois plus importante qu’en moyenne, probablement pour répondre à la forte saisonnalité des activités de livraison (pic important au moment des fêtes de Noël par exemple).

    Fin 2019, malgré le nombre important de demandeurs d’emploi, les employeurs anticipaient d’importantes difficultés de recrutement de livreurs courte distance : 65% des projets de recrutement étaient jugés difficiles en Ile-de-France contre 44% toutes familles professionnelles confondues. Les recruteurs déclarent trouver difficilement les profils recherchés et des candidats « motivés ». Toutefois la précarité des offres proposées et les conditions de travail (horaires décalés, bas niveau de salaire, etc.) peuvent également expliquer ces difficultés.

  • Les enjeux pour la profession et leurs impacts sur les métiers

    Des perspectives d’emplois intéressantes accompagnées d’une nouvelle règlementation des emplois de livreurs indépendants
    Enjeux par dimension

    Un phénomène particulier est venu bouleverser le marché du travail : le développement de l’auto-entreprenariat et la mise en relation quasi-instantanée des clients et des livreurs. Cette « ubérisation » du marché a été rendue possible par l’accessibilité de ces métiers sans diplôme. Ce phénomène très récent est encore difficilement mesurable dans les bases de données que nous pouvons exploiter mais son développement fait l’unanimité. Cet accès direct au métier, sans intermédiaire, bouleverse les modes d’alimentation puisqu’aucune sélection n’est faite à l’entrée et aucune gestion des ressources humaines n’est faite par la suite (prises de jours de congé, accès à une mutuelle, à la formation continue, etc.). Ce modèle économique est fortement remis en question par une partie de la population, mais également par les auto-entrepreneurs eux-mêmes, comme le soulignent les manifestations organisées par les livreurs. Ces auto-entrepreneurs dénoncent une baisse de rétribution de la course et des conditions de travail précaires.

    Comme indiqué précédemment des réflexions sont en cours au Ministère du travail sur la façon de sécuriser les relations entre plateformes et travailleurs indépendants. Un rapport remis en novembre 2020 au Ministre préconisent « que les travailleurs des plateformes de VTC et de livraison, après 6 à 12 mois d’activité et un certain niveau de chiffre d’affaires, soient dans l’obligation de s’affilier à un tiers pour les sécuriser. Ce tiers, librement choisi entre les coopératives d’activité et d’emploi (CAE), les sociétés de portage ou d’autres formes, donne aux travailleurs un statut de salarié et toutes les protections du salariat, sans remettre en cause leur autonomie ». Le rapport préconise également « la création d’une autorité de régulation des plateformes, l’encadrement du temps de conduite et une rémunération minimale ». Sans pouvoir présager des décisions qui seront prises, nous pouvons espérer qu’à l’avenir un accès aux protections sociales sera garantie pour ces professionnels.

    Le developpement du e-commerce : moteur des emplois de livreurs

    Enfin, le développement des technologies de l’information et de la communication a eu des effets multiples. D’une part cela a eu pour conséquence la généralisation de la géolocalisation des conducteurs et du suivi en temps réel des commandes, d’autre part nous avons assisté à l’explosion du e-commerce. Comme nous l’avons expliqué dans une précédente étude[1], non seulement les distances entre les entrepôts et les sites de livraison ont triplé en 50 ans mais surtout « le fort développement du e-commerce implique de plus en plus de livraisons à destination directe des ménages, à leur domicile ou via des points-relais et des consignes, et moins qu’avant vers des lieux de grandes distributions. Les expéditions s’atomisent de plus en plus. Les colis sont de plus en plus nombreux et leur volume, de plus en plus faible. En conséquence, le nombre de destinataires et de tournées de livraison s’accroissent » … ce qui génèrent des besoins croissants en livreurs sur courtes distances. Avec la crise sanitaire, les commandes des particuliers via les plateformes et les sites internet se sont encore accrues, générant des besoins toujours plus importants en livreurs et coursiers.

    Par ailleurs, pour répondre aux préoccupations écologiques de la part des pouvoirs publics comme de la part des clients, les entreprises proposant des livraisons à vélo sont celles qui se sont le plus développées au cours des dernières années.


    [1] GOUBIN, A. et PARDINI, B., « Les professionnels de franciliens de transport et de logistique : Des emplois dynamiques et accessibles aux peu qualifiés, mais des conditions de travail difficiles », Défi métiers, juin 2018

     

    De nouvelles missions pour les facteurs·rices

    Enfin, une évolution plus spécifique touche le métier de facteur/factrice. Depuis une dizaine d’années, La Poste a développé de nouveaux services de proximité assurés par les facteurs eux-mêmes tels qu’assurer un passage régulier chez des personnes âgées et isolées (« veiller sur mes parents »), réaliser le portage de repas ou encore collecter des déchets de bureau destinés au recyclage. Ces nouvelles missions impliquent l’embauche de profils qui intègrent davantage des qualités d’écoute, des capacités à agir dans une relation de service[1].  



    [1] https://www.pole-emploi.org/accueil/actualites/2019/le-facteur-est-devenu-un-prestataire-de-services-de-proximite.html?type=article

     

  • Les formations

    Un lien faible entre formation et emploi de livreurs courte distance
    Part des actifs de la FAP issue des différentes spécialités de formation
    INSEE EEC 2018

    L’offre de formation initiale existe pour ces métiers (un CAP de conducteur livreur de marchandises notamment) mais comptent très peu de places car la demande sociale est très faible et aucun diplôme n’est attendu par les recruteurs. Ainsi, la part des jeunes actifs ne possédant aucun diplôme est deux fois plus élevée que la moyenne régionale toutes familles confondues.

    Pour les métiers de conducteurs et livreurs sur courtes distances, l’indice d’Herfindall (qui mesure la concentration des jeunes sortis de formation sur un ou plusieurs métiers) est très faible (0,13). C’est-à-dire que beaucoup de jeunes sortis de formation qui occupent ces emplois sont issus d’autres spécialités de formation[1]. C’est pourquoi les diplômes détenus appartiennent à des spécialités de formation variées. Arrivent en tête les « formations générales » (un jeune actif sur 4), ce qui traduit une fois encore la forte présence des étudiants parmi les professionnels.

    Enfin, plus que le diplôme, ce sont les « compétences comportementales » qui vont être primordiales lors des recrutements. En effet, les chauffeurs livreurs sont souvent les représentants de l’entreprise auprès de leurs clients, la seule personne avec qui ils sont en contact. Dès lors, la façon de se présenter, de saluer, de s’habiller, de se comporter, etc., est présentée comme essentielle.



    [1] Dans quels métiers s’insèrent les sortants de la voie professionnelle en Ile-de-France ? Sophie Gonnard et Itto Mousset, sous la direction de Béatrice Pardini, Collection Franciliens, Défi Métiers, septembre 2018 

     

     

  • Sources bibliographiques et de données

    Bibliographie
    • Bref, n° 321, mai 2014, BABET Charline, DARES, Portraits statistiques des métiers, 1982-2014, numéro 19, mars 2016
    • GONNARD, S., et MOUSSET, I., sous la direction de PARDINI, B. « Dans quels métiers s’insèrent les sortants de la voie professionnelle en Ile-de-France ? », Défi Métiers, septembre 2018 
    • FROUIN, J-Y., « Réguler les plateformes numériques de travail », Rapport au 1er Ministre, décembre 2020
    • PARDINI, B., « Les mutations du transport et de la logistique de marchandises : Quels impacts sur les emplois franciliens de demain ? », Défi métiers, mars 2017.
    • GOUBIN, A. et PARDINI, B., « Les professionnels de franciliens de transport et de logistique : Des emplois dynamiques et accessibles aux peu qualifiés, mais des conditions de travail difficiles », Défi métiers, juin 2018.
    Source des données
    • Outil dynamique des bassins, Défi Métiers, https://www.defi-metiers.fr
    • Outil dynamique des salaires, Défi Métiers, https://www.defi-metiers.fr
    • INSEE, Enquête emploi continue, année médiane 2016 
    • INSEE, données du recensement, RP 2017
    • DARES, traitement direccte Ile-de-France
    • DARES, données de prospective par FAP87, 2018-2022
    • Enquête IVA (Insertion dans la vie active), dispositif national piloté par le Ministère de l’Education Nationale et de l’Enseignement Supérieur et de la Recherche, données Ile-de-France via l’enquête réalisée dans le cadre d’un partenariat entre la région, les trois académies franciliennes, la DRIAAF, la DRONISEP et Défi-métiers.