L'impact de la réforme : les organismes de formation témoignent

Mis à jour le 02 Septembre 2015

L'impact de la réforme : les organismes de formation témoignent ©  Fotolia Afin de mieux appréhender l’impact de la réforme professionnelle sur les organismes de formation, Défi métiers a organisé des rencontres avec une vingtaine de structures qui se sont librement exprimées.

  • Présentation de la démarche et premiers échanges

    Afin de mieux appréhender l’impact de la réforme professionnelle sur les organismes de formation (OF), Défi métiers a organisé des rencontres avec une vingtaine de structures qui se sont librement exprimées. La mise en place du compte personnel de formation, la conviction émergente de la nécessité d’enrichir les compétences des OF pour mieux adapter  l’offre de formation et développer leur activité étaient au cœur des débats.

    Entre mars et avril  2015, Défi métiers a organisé trois réunions d’échanges de 2 à 3 h avec une vingtaine d’organismes de formation (OF). Bien que ces derniers, invités à l’issue du rendez-vous de l’orientation et de la formation organisé par Défi métiers le 10 février, ne constituent pas un échantillon représentatif des organismes de formation franciliens (majorité de structures privées dont la moitié comptent plus de 50 et jusqu’à 2 000 formateurs), il nous a semblé intéressant de rendre compte de leur réflexion et de leurs préoccupations à l’heure de la mise en œuvre de la loi du 5 mars 2014.

    Deux thèmes majeurs sont spontanément abordés par chacun des groupes. L’un, concernant le court terme, porte notamment sur le compte personnel de formation (CPF), sa mise en œuvre, son financement, les listes éligibles ; l’autre, à moyen terme, porte sur les adaptations métier engendrées par la réforme, notamment les compétences à acquérir ou à renforcer par les OF.

    Diverses stratégies sont envisagées portant sur la diversification et la modularisation de l’offre, ou encore la certification de l’OF. D’après les échanges, la période de changement engendrée par la réforme est empreinte d’incertitudes et d’attentisme de la part des financeurs (entreprises et OPCA), remettant en cause nombre d’actions de formation et par conséquent l’accès à la formation de bon nombre de personnes. La  pérennité de nombreux OF est également remise en cause.

    Quand les OF évoquent la réforme du 5 mars, ils débattent surtout de la mise en œuvre du compte personnel de formation (CPF). Ce dispositif leur apparaît ambitieux et intéressant car « il met la personne au centre du système ». De ce fait, celle-ci devient un apprenant actif car elle suit une formation qui correspond à son besoin, ce qui présente l’avantage, non seulement de renforcer sa responsabilité, son implication et sa motivation mais aussi d’optimiser les fonds dédiés à la formation.

    Cependant, les OF regrettent que le calendrier de mise en œuvre de la réforme ne prenne pas en compte le temps d’appropriation nécessaire aux divers acteurs, entraînant un manque de lisibilité (opacité de l’élaboration des listes, financement méconnu) qui fait obstacle à sa mise en œuvre. Le nombre de professionnels mobilisés et la charge de travail engendrée, nécessitaient un calendrier mieux adapté, moins rapide, moins précipité.

    Dans ce contexte morose qui fragilise la situation financière des OF, les recrutements sont en général freinés voire remis en question. De plus, il semble qu’une réduction du volume de formation soit à prévoir, entraînant une réduction du prix de vente des formations (parallèlement à une exigence de qualité croissante). De plus, les OF doivent faire preuve de capacités d’adaptation, pas toujours possibles ni faciles selon les cas. Des partenariats sont envisagés afin de proposer une offre plus diversifiée et d’optimiser les charges (mutualisation  des plateaux techniques). Pour la plupart, la réforme nécessite de diversifier et « remarketer » leur offre de formation et de renforcer l’accompagnement des individus comme des entreprises.  Dans ce rôle, les OF manquent actuellement de repères fiables pour le moment. Enfin, leurs activités commerciales et de conseil devraient se développer.

    Pour le moment, il semble que la complexité du système français de formation ne fasse que croître « maintenant c’est plus compliqué, c’est même une usine encore à gaz », limitant par conséquent le recours à la formation notamment des plus démunis en qualification, ce qui est inverse à l’objectif visé par la loi

  • La mise en œuvre mouvementée du Compte personnel de formation

    Bien que 2% seulement de la collecte formation soient dédiés au CPF, les échanges portant sur l’impact de la réforme sur les OF ont concerné en grande partie ce dispositif. En effet, celui-ci apparaît déstabilisant. D’une part, il donne accès à certaines formations dites éligibles qui ne correspondent pas  à la demande des entreprises, d’autant que la durée de ces formations est souvent longue (minimum 650 à 1 200 h) et de ce fait difficilement accessibles pour les salariés en poste. Certains OF avancent que « la loi , au travers du CPF, a rajouté un autre financement au bénéfice des demandeurs d’emploi mais pas des salariés ». D’autres questionnent : «  est-ce que des formations diplômantes sont une solution pour  résoudre le chômage ? ».

    Désormais, l’obligation d’investissement remplace l’obligation fiscale [1], véritable « changement de paradigme » que ni  les entreprises ni les bénéficiaires n’ont encore bien compris. Les OF se trouvent donc « confrontés au  vide », « Il y a beaucoup d’inconnu même dans les institutions, les OPCA par exemple,  on ne sait pas comment s’y prendre ». Pour preuve, le faible nombre de dossiers formation validés au premier trimestre 2015.

    Aux dires des OF, la mise en œuvre du CPF  rencontre des difficultés de deux ordres :

    • techniques car les bénéficiaires peinent parfois à accéder au site du CPF (difficulté d’enregistrement du mot de passe, etc.)
    • procédurales car les process de financement ne sont pas stabilisées : « rien n’est figé dans le marbre, beaucoup d’allers-retours. Les règles ne sont pas claires et pas  cohérentes d’un OPCA à l’autre. Elles se construisent au fur et à mesure », aucune lisibilité des abondements pour le moment. Enfin,  « les OPCA sont difficiles à joindre, une heure d’attente en moyenne », ce qui « allonge le temps de traitement d’un dossier » et complexifie l’ingénierie financière. A ce sujet, trop « peu de dématérialisation avec les OPCA » est regrettée, ce qui permettrait pourtant d’alléger le traitement des dossiers. Résultat: « les dossiers sont en attente de réponse depuis janvier 2015 ».

    Par ailleurs, les OF ont le sentiment que le CPF prend le pas sur les  autres  dispositifs tels les emplois d’avenir ou la POE collective, qui seraient ainsi moins financés.  Ils se demandent comment les bilans de compétence seront financés ?  

    Une contradiction avec l’esprit de la loi est relevée : alors que la loi est censée favoriser les publics de faible qualification («  tout en maintenant l’accès des autres publics mieux pourvus »), ces publics sont les moins bien informés et les moins autonomes. L’absence de communication par la DGEFP qui « perdure depuis mi-avril 2013 » est remarquée.

    Dans ces conditions, le droit individuel à la formation (DIF) est fort regretté, notamment le DIF prioritaire établi par certaines branches «  qui répondait plutôt à des intérêts partagés employeurs/ salariés ». Avec philosophie, certains OF avancent que « comme pour le DIF,  le CPF ne décollera que dans quelques années ». Ils prédisent que « les règles du CPF vont s’infléchir  en termes de durée ou d’éligibilité » et conseillent « il est urgent d’attendre ».



    [1] La logique de responsabilisation des entreprises ne semble pas prise en compte
    [2] R. Descamps  (2012) : "Avec un taux d'accès de 6,5 % en 2010, le DIF n'a pas remporté le succès escompté. De plus, la durée moyenne des formations stagne autour d'une vingtaine d'heures. Le manque d'information et d'accompagnement des salariés peut expliquer son faible développement. En effet, l'existence d'un droit individuel ne suffit pas à en susciter l'usage ; le contexte, qui détermine les conditions défavorables ou non de son application, reste décisif." in Bref du Cereq, Le DIF, la maturité modeste

     

  • Les obstacles majeurs à la mise en œuvre du CPF

    D’après les organismes de formation, le recours au Compte personnel de formation (CPF) rencontre non seulement une difficulté d’ingénierie financière qu’ils commencent à appréhender (multiples financeurs) mais aussi deux nouveaux obstacles : la contrainte des listes éligibles et la validation du dossier de formation par un Conseiller en évolution professionnelle (CEP).

    La pertinence des listes éligibles en question

    Les listes éligibles sont élaborées par les partenaires sociaux. L’instabilité de ces listes soumises à remaniement ainsi que leur élaboration sont vivement discutées. Elles sont le résultat « de bras de fer entre partenaires sociaux » avancent certains organismes de formation. De plus, ces partenaires sont centrés sur des formations-métiers connues mais pas suffisamment sur les élargissements de compétences (ex : adaptation aux nouvelles technologies) ou sur les besoins de compétences  émergentes ou transverses telles « la comptabilité ou les formations basiques (word, excel, etc.) ou  en langues (chinois ou langage des signes) qui présentent l’avantage d’être des formations courtes, plus facilement accessibles aux salariés » et « qui relèveraient clairement du Plan de formation » avancent certains organismes de formation.

    Mais « dans un univers qui bouge, les perceptions du changement sont différentes entre partenaires sociaux, employeurs et salariés ». Non seulement les listes évoluent sans cesse (« j’ai entendu dire que les types de formation n’étaient pas référencées ad vitam aeternam… Quelle est la fréquence des révisions ? »), mais les critères de recevabilité ne sont pas connus, engendrant suspicion sur leur pertinence car elles recensent par exemple plutôt des formations de niveau bac +2 à bac +3 qui sont peu adaptées aux moins qualifiés, que visent pourtant la loi. Pour le moment, le « bloc C de l’inventaire » nourrit tous les espoirs (ex : PCIE (certification bureautique de type Toeic) car il est constitué de formations courtes et transverses, devenues ainsi potentiellement éligibles.

    De plus, les diverses listes, variables selon les régions mais aussi le statut et la branche professionnelle d’appartenance pour les salariés [3], ne sont pas, pour le moment, comparées entre elles. C’est ainsi qu’une même formation (ex : secrétaire médicale) est identifiée sous plusieurs codes, même dans la même région. A ce propos, les OF souhaiteraient une harmonisation des codes entre Dokelio et CPF.

    La « question du CEP » : obstacle à l’accès à la formation ou relais efficace ?

    La validation du dossier de formation sur le CPF, « passage obligé d’un circuit tracé », requiert l’accord de l’employeur ou d’un Conseiller en évolution professionnelle. De ce fait, l’accès à la formation des demandeurs d’emploi va-t-elle être facilitée et les délais réduits ? « Pas vraiment sûr si on considère que la connaissance du système de formation varie selon les professionnels même au sein d’un même réseau » ; « pour le moment, le délai d’attente augmente de 2 mois, à 4, 5 et même 6 mois ». A terme, est-ce que les Conseillers en évolution professionnelle faciliteront l’accès à la formation et son financement ou au contraire seront-ils des « éléments bloquants » ? Les conseillers des structures savent-ils eux-mêmes qu’ils sont Conseillers en évolution professionnelle ? Comment les opérateurs vont-ils se professionnaliser ? Seront-ils en capacité d’accueillir les demandeurs (ne serait-ce que 30% des salariés), n’y a-t-il pas risque d’engorgement ? Considérant que les organismes de formation « sont en début de chaîne et non pas en fin de chaîne dans l’accès à la formation », pourquoi ne pas les autoriser à accéder à la plateforme CPF se demandent plusieurs organismes de formation car « c’est l’organisme de formation qui va faire le travail, entrer en contact avec l’Opca ». En effet, les personnes sollicitent d’abord les organismes de formation avant même les Conseillers en évolution professionnelle (qui n’existaient pas jusqu’alors). 



    [3] Les listes sont élaborées par le COPANEF, les CPNE et les COPAREF

     

     

  • La question du financement de la formation

    Le problème récurrent du financement des formations s’intensifie : d’une part moins de budget consacré à la formation, d’autre part un coût horaire en baisse.

    « Pas de budget disent les entreprises. Du fait de la libération de l’obligation fiscale, les 0,6% libérés [4] ne sont pas réinvestis ».  Lors des débats, il apparaît que les entreprises ne bénéficiant plus aussi facilement de financement, elles se limiteraient aux formations règlementaires, aux « cas urgents ».

    Cependant, d’autres OF notent que les entreprises ne sont jamais dans une logique unique de dépense et qu’elles répondent à un enjeu d’évolution de compétences. De plus, considérant le bilan des entretiens à réaliser tous les 6 ans, les entreprises pourraient bien financer des formations courtes si elles en ont besoin ou pour éviter le paiement d’abondements correctifs remarquent certains OF.

    La possibilité de financement direct par les entreprises via le plan de formation est maintenue en 2015 mais « par la suite ? » s’interrogent les OF. En effet,  « le plan de formation pourrait disparaître car il n’est plus encadré sauf dans les grands groupes » prédisent certains OF, tandis que d’autres avancent « des dérives vont faire jour, on va vivre des choses bizarres » ou au contraire relativisent « la définition d’une action de formation reste toujours la même et ne souffre pas d’interprétation ». Néanmoins,  à plus long terme d’après certains participants « les particuliers devront mettre la main à la poche ».

    Plus de budget non plus coté OPCA. Dès 2015, certains d’entre eux revoient leurs budgets à la baisse car la collecte d’une année paye les formations réalisées l’année précédente. Comme en 2016 cette collecte sera réduite, les financements  sont plus rares dès 2015. 

    De plus, le risque d’une baisse de coûts horaires est envisagée et même constatée « le coût horaire du qualifiant chez un OPCA  a baissé de 18 € en 2014 à 12 € en 2015 », ce qui n’empêche pas de devoir « faire de la qualité ». Certains OF remarquent que le coût horaire dans le cadre du CPF varie selon les financeurs de 9 € (Pole emploi) à 50 € dans certaines branches, selon les formations ou leur durée. Comment le savoir ? En « allant à la pêche aux infos entre OF, ce qui prend un temps considérable et reste peu fiable finalement ». Concernant l’accompagnement de la VAE « le taux horaire des branches entre 10 et 20 €/h est adapté pour des actions collectives mais pas pour l’accompagnement en solo comme l’exige la VAE ».

    Dans ces conditions, nombre d’OF sont en péril. En effet, non seulement, les actions de formation sont payées « hors délais raisonnables ni même légaux de 60 ou 90 jours », ce qui nécessite « une forte avance de trésorerie », mais de plus, le paiement se complique encore par le multi-financement puisque les 150 h maximales  du CPF ne permettent pas le financement total de la plupart des actions de formation qualifiante, d’une durée plus conséquente. Dans ce cadre, les formations collectives présentent un intérêt de sécurité financière pour les OF car elles sont parfois maintenues même avec moins de stagiaires que prévu initialement  mais « jusqu’à un certain point » cependant.



    [4] 1% de la masse salariale au lieu d’1,6%

     

  • Les stratégies envisagées

    Afin de s’adapter aux nouvelles exigences, les OF envisagent d’adapter leur offre. Concrètement ils se demandent comment rendre leurs formations éligibles au CPF, alors qu’actuellement peu ou aucune de leurs formations n’est qualifiante ou diplômante pour certains. A ce sujet, considérant que les listes du CPF orientent l’offre des OF, ils détectent un risque d’excédents d’offres sur les listes exacerbant la  concurrence entre OF. L’enregistrement de leurs formations au RNCP est envisagé mais discuté au vu de la charge administrative engendrée, du temps d’attente plus long qu’auparavant et d’un résultat hasardeux car toutes les formations ne sont pas retenues au final.

    La révision de l’offre vers une diversification au lieu d’une spécialisation fait l’unanimité mais pourrait s’organiser variablement. Pour certains, il s’agira de « remodeler les programmes pour tenir à long terme » ; de « regrouper les modules », « d’articuler des  modules de courte durée avec  ceux de longue durée pour les rendre éligibles », bref de «  retravailler l’offre » car les « modules de 20/25 h ne peuvent plus être retenus ». A ce sujet, comment les besoins sont-ils pris en considération se demandent les OF ? Quid des demandes non satisfaites ? Pourquoi ne pas plus tenir compte des besoins exprimés [5] ?

    Outre la diversification de l’offre, la diversification des publics est abordée. L’Apave par exemple voit poindre un nouveau public, à savoir les salariés et pas exclusivement les employeurs. Dans cette stratégie vitale de diversification, des rapprochements entre OF sont envisagés, par exemple le partage de plateaux techniques.

    Autre stratégie envisagée : la  modularisation de l’offre consistant à « la redécouper », la « structurer en blocs de compétences ». Un diplôme (ou plus généralement une certification) serait ainsi « découpé en modules sur des thématiques » et validé au fil du temps, brique  de compétences par brique ». Encore faut-il que les modules soient éligibles séparément et dûment validés. Cette approche par blocs de compétences [6] est jugée intéressante car la motivation des apprenants serait renforcée et le financement optimisé ; elle se heurte néanmoins aux pratiques pédagogiques actuelles, par exemple en université, et déstabilise par ailleurs la précieuse dynamique de groupe [7].

    De plus, « elle a vraiment du sens par rapport à la VAE » notent certains OF, car la formation suivie se limiterait à celle des modules non validés. Un OF fait part de la mise en place d’une ingénierie certificatrice en vue de proposer un mix formations/VAE pour obtenir plus rapidement une certification.

    La réponse à des appels d’offres est aussi discutée. Les OF trouvent que « cela est difficile par manque de temps car il faut répondre dans une durée courte et qu’il y a d’autres tâches à mener de front ».  De plus, il semble que les critères de qualité soient insuffisamment pris en compte au contraire des critères tarifaires qui semblent déterminants, ce que regrettent quelques OF car « OF publics et privés ne sont pas à égalité car ils ont des charges fixes différentes».

    Enfin, le recours aux technologies de l’information (ex : e-learning) est plus rarement évoqué.



    [5]Les échanges laissent supposer que le plan de formation disparaisse, ce qui n’est pas envisagé pourtant par la loi.

    [6]Le Conseil national éducation-économie (CNEE) travaille actuellement sur la structuration des certifications en bloc de compétences

     [7] Lors des débats, une confusion s’est installée entre modularisation de la formation et découpage des certifications en bloc de compétences

     

     

  • L’enjeu des normes de qualité

    Mettre au point une stratégie commerciale devient plus que jamais nécessaire. Mais comment s’y prendre ?  Pour certains « la réforme ne changera rien. Ce sera toujours le bouche à oreille (intuite personae), la notoriété et la proximité qui seront déterminants ». En effet, le marché de l’OF est avant tout local, circonscrit à un périmètre d’intervention, basé sur la confiance accordée à l’OF. La « flexibilité de la prestation » entre aussi en considération : les formateurs doivent pouvoir  intervenir aussi bien en intra qu’en inter-entreprises. 

    Par conséquent, les labels de qualité OPQF ou ISO ou NF ne peuvent jouer un effet-levier que dans  certains cas : sur les marchés publics ou encore dans certains secteurs ou certains marchés conclus sur appels d’offres par les OPCA ou par des groupes de plus de 50 salariés par exemple. Certains OF notent à ce sujet que la qualité pédagogique est peu prise en compte dans ces normes.

    Dans ce contexte « les certificateurs des OF sont les grands gagnants de la réforme » car obtenir une certification coûte 700 à 1000 € selon la certificateur. Outre ces coût financiers « il y a aussi tous les couts administratifs engendrés ! ». De plus, le processus de certification écarte les OF existants depuis moins de deux ans, « ce qui pénalise injustement les plus récents ». Au final « la liste nationale des OF labellisés deviendra l’annuaire des OF éligibles ».

    Question subsidiaire, posée mais non débattue : l’enjeu de la certification concerne-t-il l’OF ou l’action de formation (selon divers critères tels le taux de réussite aux examens, le coût horaire) ?

    A noter, qu’outre ces certificateurs, un nouvel acteur est entré en scène : la caisse des Dépôts et Consignations, en charge de l’outil CPF.

  • Des compétences à renforcer

    Avec cette nouvelle réforme, certains OF estiment avoir besoin de renforcer leurs compétences commerciales et administratives. En effet, comme certaines formations (ex bureautique) ne sont jamais considérées comme prioritaires par la branche, il faudra désormais vendre les prestations de formation aux entreprises comme des prestations de conseil. Comme le « bouche à oreille ne suffit plus » et qu’il y a nécessité de « rappeler les bonnes  pratiques », quelques OF font part de recrutement d’un commercial. 

    A noter que les compétences pédagogiques ne sont pas évoquées lors de ces rencontres.

    Par ailleurs, accompagner les bénéficiaires mais aussi les employeurs qui « ne sont pas au courant du fonctionnement » c’est-à-dire du financement mobilisable, devient plus que jamais un rôle vital pour l’OF car en lien direct avec son chiffre d’affaires. En effet, certains OPCA, ne « relaient pas l’information auprès des entreprises ou ne sont pas encore organisés ». Par conséquent, l’accompagnement est intensifié et la compétence des OF en ingénierie financière doit encore se développer d’après eux.  Ce rôle d’accompagnement, qui « fait partie du métier » d’après la plupart des OF, nécessite de disposer des bonnes informations. Or, d’une part, le niveau de connaissance varie considérablement d’un OF à l’autre car certains prennent insuffisamment de temps pour se documenter, d’autre part les OF ne disposent pas de repères fiables. Ils organisent tant bien que mal leur « pêche aux infos » d’autant plus compliquée que les réponses varient en fonction des interlocuteurs d’un même réseau parfois, testant les solutions de financement en direct avec les personnes. Non seulement cette situation ne permet pas de garantir une information fiable au « client final » mais ce rôle peut vite devenir chronophage : « pour une formation de 60 h, j’ai passé un  temps fou à monter le dossier pour Pôle emploi, qui refusait d’accorder un AIF à la personne ». Dans ces conditions, « autant reconnaitre le rôle de CEP joué informellement par les OF et donc le financer [8]» proposent certains OF.



    [8] Pour rappel : le Conseil en évolution Professionnel ne donne pas lieu à financement supplémentaires pour les acteurs désignés par la loi.

     

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