Apprentissage : système de financement et gouvernance

Mis à jour le 19 Juillet 2019

Apprentissage : système de financement et gouvernance © Adobe Stock Le système de formation en apprentissage évolue avec la loi « Avenir professionnel », notamment en matière de financement et de gouvernance. Des modalités transitoires sont prévues pour la période 2019-2020.

  • Une réforme de grande ampleur

    D’une ampleur inédite, la réforme de l’apprentissage portée par la loi du 5 septembre 2018 « pour la liberté de choisir son avenir professionnel » a pour ambition un développement massif de l’apprentissage.

    De nouveaux acteurs entrent en scène. Les branches professionnelles, acteurs légitimes pour répondre aux besoins des entreprises et faciliter l’insertion des jeunes, se voient confier un rôle central avec à leurs côtés les Opco (Opérateurs de compétences) et les Régions.

    Le système de collecte, de redistribution et de financement, profondément transformé, vise une simplification des circuits et le fléchage de fonds importants à l’apprentissage.

    Ce dossier est plus particulièrement consacré au nouveau système de financement et de gouvernance. Un autre dossier viendra le compléter en proposant un éclairage sur les nouvelles règles applicables aux offreurs et aux formations en apprentissage

     

  • Les branches professionnelles, pilotes du marché de l’apprentissage

    Les branches professionnelles
    Le pilotage de l’apprentissage est confié aux branches professionnelles qui ont la responsabilité de fixer le niveau de prise en charge pour chaque certification (« coût-contrat ») et les besoins de formation pour les secteurs qu’elles représentent.

    Les Régions
    À compter du 1er janvier 2020, les Régions perdent leur pouvoir de régulation du marché de l’apprentissage. En outre, elles ne décident plus des ouvertures de CFA et sections en apprentissage.
    Les Régions conservent toutefois un levier financier leur permettant de contribuer au financement de l’apprentissage pour répondre à des besoins d’aménagement et de développement économique de leur territoire. A ce titre, elles perçoivent une dotation financière de France compétences qui leur permet de financer des investissements ou majorer les coûts fixés par les branches.

    France compétences
    France compétences assure la régulation (notamment la convergence des coût-contrats), le contrôle et l’évaluation du système de l’apprentissage.

    Les chambres consulaires
    La place des chambres consulaires dans l’écosystème de l’apprentissage évolue : elles assurent désormais un rôle de médiateur pour résoudre les différends entre les employeurs et les apprentis ou leur famille. Au titre de leur participation au service public régional de l’orientation, elles accueillent et informent les publics sur les formations, les certifications, l’emploi, etc.
    Elles pourront également se voir confier certaines missions spécifiques par les Opco, dont l’accompagnement des entreprises au dépôt du contrat, la formation des maîtres d’apprentissage (décret à venir). Jusqu’au 31 décembre 2019, elles continuent à enregistrer les contrats d’apprentissage.

  • Les sources de financement de l’apprentissage

    Depuis le 1er janvier 2019, la contribution unique des entreprises est composée de la contribution à la formation professionnelle et de la taxe d'apprentissage (qui seront collectées à partir 1er janvier 2021 par les Urssaf et la MSA-Mutualité sociale agricole).

    La Taxe d'apprentissage permet de faire financer les dépenses de l'apprentissage et des formations technologiques et professionnelles par les entreprises. Son montant est calculé sur la base des rémunérations versées. Son versement est accompagné du versement de la Contribution supplémentaire à l'apprentissage (CSA), assise sur la même base.

     

     

    Taxe d’apprentissage

    La taxe d’apprentissage est due par toutes les entreprises exerçant une activité industrielle, commerciale ou artisanale et remplissant ces 3 conditions cumulatives :

    • être soumises au droit français ;

    • être assujetties à l’impôt sur les sociétés ou à l’impôt sur le revenu ;

    • avoir au moins 1 salarié.

    Sont exonérés de la taxe d'apprentissage : les entreprises employant un ou plusieurs apprentis et dont la base annuelle d'imposition ne dépasse pas six fois le Smic annuel ; les sociétés et les personnes morales ayant pour objectif exclusif l'enseignement ; les sociétés civiles de moyens (SCM) dont l'activité est non commerciale (sous certaines conditions) ; les groupements d'employeurs composés d'agriculteurs ou de sociétés civiles agricoles eux-mêmes exonérés de la taxe.

    En 2020, le taux de la taxe d'apprentissage s’élèvera à 0,68 % du revenu d’activité (0,44 % en Alsace-Moselle) et est répartie selon deux fractions :

    • 87 % de la taxe sont destinés au financement de l'apprentissage (ancienne « part quota ») ;

    • 13 % sont destinés à des dépenses libératoires effectuées par l'employeur dédiées au financement des formations initiales professionnelles et technologiques hors apprentissage. Les organismes éligibles à percevoir le solde de la taxe d’apprentissage correspondant aux « dépenses libératoires » sont définis par l’arrêté du 21 décembre 2018.

     

    Les CFA peuvent bénéficier de cette fraction de 13 % mais uniquement pour des versements en nature. 

    Dépenses déductibles de la part 87 % « apprentissage »

    • Financement d’un CFA d’entreprise : l’entreprise dispose d’un service de formation interne dûment identifié, accueillant ses apprentis : elle peut alors déduire de cette fraction de la taxe d’apprentissage, le montant des dépenses relatives aux formations délivrées ;

    • Financement d’un CFA externe à l’entreprise : l’entreprise peut être libérée par des versements destinés à financer le développement d’offres nouvelles de formations par apprentissage pour ses propres apprentis ; dans ce cas, elle ne dispose pas de service de formation en apprentissage interne et opère ces versements au profit d’un CFA qui forme ses apprentis.

    Des décrets viendront préciser les conditions de mise en œuvre et de plafonnement de ces possibilités de financement.

    Contribution supplémentaire à l’apprentissage (CSA)

    Les entreprises d'au moins 250 salariés, redevables de la taxe d'apprentissage, qui emploient moins de 5 % d'alternants, doivent s’acquitter de la CSA.
    Les entreprises comptant au moins 3 % d'alternants dans leurs effectifs peuvent être exonérées du paiement de cette contribution supplémentaire sous réserve de remplir l'une des conditions suivantes :

    • leur nombre de salariés en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation a augmenté de 10 % par rapport à l'année précédente ;
    • elles relèvent d'une branche couverte par un accord prévoyant une progression de 10 % de leur effectif en contrat d'apprentissage ou de professionnalisation et que cette augmentation est atteinte par rapport à l'année précédente.
     

     

    Evolution de la collecte : calendrier prévisionnel

    En 2019, les Opco collectent la taxe d’apprentissage de l’année 2018. Il n'y a pas de collecte de la taxe au titre de l’année 2019 (année blanche), seulement la collecte de la CSA.
    A partir de 2020, la taxe est collectée au titre de l’année en cours. Ce sont les Opco qui la collectent en 2020 et les Urssaf à partir de 2021.

  • Le nouveau circuit de financement

    A partir de janvier 2021, la contribution unique à la formation professionnelle et à l'alternance sera intégralement collectée par les Urssaf qui la reversera à France compétences. France compétences se chargera de sa répartition selon des clés de répartition annuelle entre les différents financeurs (décret n° 2018-1331 du 28 décembre 2018 relatif à l’organisation et au fonctionnement de France compétences).

    Ce sont les Opco qui seront destinataires des fonds destinés au financement des contrats d’apprentissage, de professionnalisation, des reconversions ou promotions par alternance (ProA), du permis de conduire et de la péréquation interbranches.

    France compétences versera aux opérateurs de compétences, au titre de la péréquation interbranches une dotation complémentaire pour le financement de l’alternance lorsque deux conditions cumulatives sont remplies (décret n° 2018-1331 du 28 décembre 2018 relatif à l’organisation et au fonctionnement de France compétences).

     
  • Financement des contrats : période de transition en 2019 et 2020

    Financement des contrats en 2019

    Jusqu’au 31 décembre 2019, la prise en charge des contrats d’apprentissage repose sur 2 modalités distinctes selon que le CFA est conventionné ou non par la Région.

    • Les contrats d’apprentissage en cours d’exécution signés en 2018 et les contrats d’apprentissage signés en 2019 dans le cadre d’une convention régionale sont financés par les Régions sur la base des coûts préfectoraux. Ce coût vaut pour toute la durée du contrat.
    • Les contrats d’apprentissage signés en 2019 hors convention régionale sont pris en charge par l’Opco, via un financement de France Compétences, sur la base des « coûts-contrat(*) ». Ils sont enregistrés par les chambres consulaires jusqu’au 31 décembre 2019.

    (*) 3 cas :
    - Contrat d’apprentissage préparé dans un nouveau CFA crée en 2019 hors convention régionale.
    - Contrat d’apprentissage préparé dans une session supplémentaire non prévue par la convention régionale, ouverte par un CFA sous convention régionale.
    - Contrat d’apprentissage supplémentaire dans une session existante mais dépassant le plafond de capacité d’accueil prévu par la convention régionale.

    Financement des contrats en 2020 

    • Pour les contrats signés en 2019 dans cadre d’une convention régionale :
      - Prise en charge prorata temporis du stock des contrats par les Opco ;
      - Au plus tard le 1er février 2020, versement au CFA d’une avance de 50 % des coûts annuels de formation sur la base des coûts préfectoraux ; les versements suivants se feront tous les 3 mois au prorota temporis de la durée d’exécution du contrat restante, et ce, jusqu’à la fin du contrat.
    • Prise en charge par les Opco des contrats conclus à compter du 1er janvier 2020 sur la base des « coûts contrats »

    Financement des contrats à partir de 2021

    • Les Opco financent les contrats sur la base des niveaux de prise en charge (« coût-contrat ») fixés par les branches : avance de 50 % dans les 30 jours après le dépôt du contrat - avance de 25 % avant la fin du 7ème mois - solde au 10ème mois (à la fin du contrat de moins d’un an).
    • La Région peut majorer les niveaux de prise en charge et/ou accorder des subventions d’investissement au CFA (ressources déterminées et réparties chaque année par loi de finances) en fonction des besoins d’aménagement de son territoire.
    • Les Opco, sur la base d’accords de branche, pourront financer des dépenses d’investissement du CFA.

    Bon à savoir : un dossier sur les modalités de financement des CFA et des contrats d'apprentissage est disponible sur le site web du ministère du Travail.

     

  • Le niveau de prise en charge (« coût-contrat ») et principes de financement

    Niveau de prise en charge

    C’est la Commission paritaire nationale de l’emploi (CPNE) ou, à défaut, la Commission paritaire de la branche professionnelle, qui détermine le niveau de prise en charge du contrat d’apprentissage. Ce niveau est déterminé en fonction du domaine d’activité du titre ou du diplôme visé (décret n° 2018-1345 du 28 décembre 2018 sur les modalités de détermination des niveaux de prise en charge des contrats d'apprentissage).

    Sous réserve du respect des recommandations de France compétences, le niveau de prise en charge du contrat d’apprentissage est établi pour une période minimale de deux ans. Un décret « de carence » est attendu pour les niveaux de prise en charge non définis par les branches.

    Pour les nouvelles formations ouvertes en apprentissage (non identifiées lors de la remontée des niveaux de prise en charge par les branches), une valeur d’amorçage est prévue à 4 500 €. Cette valeur sera stabilisée sur la base du coût réel de ces formations.

    Attention : le niveau de prise en charge est à distinguer du coût de la formation par apprentissage fixé par le CFA : si ce dernier est supérieur, il y aura un reste à charge pour l’entreprise.

    Le coût-contrat comprend (décret n° 2018-1345) 

    • Les « charges de gestion administrative et les charges de production » :
      - la conception, la réalisation des enseignements théoriques, l’évaluation des compétences acquises par les apprentis ;
      - la réalisation des missions d’accompagnement et de promotion de la mixité au sein des organismes de formation ;
      - le déploiement d’une démarche qualité pour satisfaire aux exigences liées au cadre de certification prévu.
    • Les charges d’amortissement annuelles pour les équipements et l’ingénierie pédagogiques si leur durée d’amortissement n’excède pas 3 ans.

     

    Principes de financement

    L’Opco dont dépend l’employeur de l’apprenti verse aux CFA le montant de prise en charge du contrat tel que déterminé par la branche.

    La Région peut majorer les niveaux de prise en charge et/ou accorder des subventions d’investissement au CFA (ressources déterminées et réparties chaque année par loi de finances) en fonction des besoins d’aménagement de son territoire.

    Les Opco, sur la base d’accords de branche, pourront financer des dépenses d’investissement du CFA

     

    Possibilité de modulation des niveaux de prise en charge

    L’Opco peut moduler le niveau de prise en charge, en appliquant une majoration dans la limite de 50 % du forfait annuel de prise en charge, pour l’accueil d’un apprenti en situation de handicap. Une possibilité de minoration de la prise en charge sera donnée lorsque qu’il existe d’autres sources de financement public pour le secondaire.

     

    Frais annexes à la formation supportés par le CFA 

    L’Opco prend en charge, dès lors qu’ils sont financés par les centres de formation d’apprentis, les frais annexes à la formation des apprentis :

    • les frais d’hébergement par nuitée avec un plafond déterminé par arrêté (6 € maximum) ;
    • les frais de restauration par repas avec un plafond déterminé par arrêté (3 € maximum) ;
    • les frais de premier équipement pédagogique nécessaire à l’exécution de la formation, selon un forfait déterminé par l’Opco identique pour l’ensemble des CFA concernés, établi en fonction de la nature des activités des apprentis, et dans la limite d’un plafond maximal de 500 € ;
    • les frais liés à la mobilité internationale des apprentis selon un forfait déterminé par l’Opco, par nature d’activité et par zone géographique, identique pour l’ensemble des centres de formation d’apprentis concernés.

    (Art. D6332-83 du Code du travail)

    Maîtres d’apprentissage

    Il existe également une possibilité de prise en charge par l’Opco de la formation de maître d’apprentissage à hauteur de 15 €/heure dans la limite de 40 heures et une aide à l’exercice de la fonction de maître d’apprentissage dans la limite d’un plafond de 230 €/mois/apprenti pour une durée maximale de 12 mois.
    (Art. D6332-84 du Code du travail)

     

    Pour aller plus loin : niveau de prise en charge des contrats d'apprentissage, les recommandations de France compétences.

  • Liens utiles

  • Tags

    Tags : apprentissage