Titres professionnels : les évaluateurs voient au-delà des référentiels

23 Septembre 2020

Titres professionnels : les évaluateurs voient au-delà des référentiels © Pixabay Une étude du Cereq, menée pendant deux ans auprès de membres de jurys de titres professionnels du ministère du Travail, éclaire les attendus de ces derniers en termes de compétences des candidats.

Cette enquête du Cereq (Centre d’études et de recherches sur les qualifications) a porté, entre 2015 et 2017, sur les sessions d’évaluation de cinq titres professionnels de la maintenance industrielle et de l’électricité (niveaux V et IV). La spécificité des titres professionnels est que les formateurs comme les évaluateurs sont exclusivement des professionnels de la branche concernée. Et il ressort de l’étude que ceux-ci ne jugent pas uniquement les résultats mais s’intéressent au raisonnement du candidat.

Les évaluateurs sont conscients que la situation de formation et d’examen n’est pas la même que celle du travail. Le cadre spatio-temporel est différent — les pannes induites ne peuvent pas prendre en compte l’ensemble des possibilités réelles — mais les ressources le sont également. Le candidat ne peut pas compter sur le travail d’équipe (connaissance des installations, historique des pannes, etc.). Les simulations effectuées sont donc simplifiées et difficilement comparables avec les situations réelles.

Les professionnels considèrent dès lors, dans leur large majorité, qu’ils évaluent des candidats en fin d’apprentissage et non de jeunes professionnels car la professionnalisation est un mélange des aspects théoriques et pratiques. La théorie est une base de connaissances techniques qu’ils évaluent mais la pratique, elle, ne peut s’acquérir qu’après la formation. Ils incitent donc les candidats à multiplier les missions d’intérim pour devenir de « vrais » professionnels.

Faire évoluer les évaluations

Cela ne les empêche pas d’être exigeants sur l’évaluation des compétences acquises, demandant par exemple la réalisation d’un câblage électrique dans les règles de l’art — conformément aux normes et au schéma électrique, mais aussi esthétique — ou mettant un futur électricien dans la position du professionnel expliquant son travail au client. Toutefois, le résultat de l’examen (l’installation demandée fonctionne ou pas) n’est pas le seul registre d’appréciation. L’évaluateur s’assure que le candidat comprend et est capable d’expliquer ce qu’il fait. La capacité à mener une recherche méthodique d’une panne peut être plus utile que le seul fait de savoir dépanner une installation.

Ce constat amène les professionnels à s’éloigner des outils d’évaluation qu’on leur fournit. Car les référentiels énoncent des indicateurs ou des critères de performance qui se résument souvent à des tâches à effectuer. Or, les professionnels privilégient d’autres aspects (savoirs, démarches, normes, valeurs) indispensables à l’exercice du métier et qui prennent en compte la situation d’épreuve. Le sous-emploi de ces outils rappelle les limites de leur élaboration sans le concours de ceux qui les utilisent, alors même qu’ils sont censés s’assurer de l’adéquation de la formation avec le métier visé. L’introduction d’exigences relevant de situations de travail dans les référentiels pourrait être une solution pour les relégitimer auprès des évaluateurs.

Par Sarah Nafti (Centre inffo pour Défi métiers)

 

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