Que deviennent les jeunes des quartiers prioritaires après leur Bac ? (Céreq)

30 Juin 2020

Que deviennent les jeunes des quartiers prioritaires après leur Bac ? (Céreq) © Unsplash Y a-t-il un « effet quartier » qui pèse sur la trajectoire de formation et d’emploi des jeunes issus de quartiers prioritaires au-delà de leur appartenance sociale ? Une étude du Céreq tend à le démontrer.

Les lycéens des Quartiers prioritaires de la ville (QPV) font face à des difficultés spécifiques pour décrocher le bac et poursuivre des études supérieures. Une étude du Céreq sur des jeunes résidant en QPV au moment du Bac, en 2013, met en évidence des écarts quasi-systématiques avec des jeunes issus d’autres quartiers, tendant à démontrer un "effet quartier" qui les pénaliserait au-delà de leur appartenance sociale et familiale.

Pour commencer, les jeunes de QPV sont plus souvent scolarisés dans des lycées "défavorisés", avec une faible mixité sociale, une rotation des enseignants. Peuvent s’y ajouter de mauvaises conditions de logement, d’équipement matériel, des préjugés à leur égard, et un déficit d’information sur les orientations scolaires ou les opportunités d’emploi.

Filières moins sélectives et plus d’échecs

Au niveau du lycée, les jeunes de QPV s’orientent plus souvent en filière professionnelle (38 %) que dans les quartiers voisins (23 %). Fait notoire, les bacheliers professionnels issus de QPV sont plus nombreux à poursuivre des études supérieures que dans les autres quartiers (40 % contre 33 %), mais cet appétit se heurte ensuite à une affectation massive dans des filières universitaires où ils échouent.

Dans leur choix d’études, les jeunes des QPV s’orientent vers des filières moins sélectives, à l’exception des Sections de techniciens supérieurs (STS). Ils sont moins nombreux à postuler en école d’ingénieurs, de commerce, en classes préparatoires, IUT. C’est lié à leur niveau scolaire, à une forme d’autocensure, et au coût d’une mobilité géographique. Ils sont aussi plus nombreux à sortir sans diplôme de l’enseignement supérieur : 34 % contre 20 % pour ceux d’autres quartiers.

A conditions égales (même Bac, même origine sociale, même sexe), les jeunes de QPV échouent davantage dans le supérieur que ceux des autres quartiers. Cet écart est particulièrement fort à l’université, où le recrutement est moins sélectif.

Difficulté d’insertion et inégalités des chances 

Sans surprise, les jeunes de QPV ont plus de mal à s’insérer sur le marché du travail. Ils accèdent moins rapidement à l’emploi et occupent des emplois moins qualifiés. Ainsi, trois ans après leur formation initiale, 37 % sont sans emploi contre 22 % pour leurs voisins d’autres quartiers. Toutes choses égales par ailleurs (même origine sociale et même parcours scolaire), ils ont 1,3 fois moins de chance d’être en emploi trois ans après, et 1,2 fois moins de chance d’occuper un poste de cadre ou de profession intermédiaire. Cela peut expliquer le sentiment de déclassement plus fort parmi ces jeunes, dont 35% s’estiment sous-employés par rapport à leurs compétences.

Leurs difficultés d’insertion sont surtout liées à leur niveau de diplôme, qui est issu d’un parcours très fortement conditionné. "Décrocher son Bac, poursuivre et réussir ses études supérieures relève de la gageure pour les résidents de QPV", conclut l’étude. Malgré une politique d’éducation prioritaire, "les inégalités scolaires demeurent massives".

Mariette Kammerer (Centre Inffo pour Défi métiers)

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