Politiques d'emploi et de formation : évaluer n'est pas compter

15 Avril 2014

Politiques d'emploi : évaluer n'est pas compter © Fotolia La SFE a organisé une journée de réflexion sur le thème « Evaluer les politiques d’emploi et de formation professionnelle : quels enseignements, pour quels usages ? ». Retours sur les échanges.

Ouverte aux partenaires sociaux, aux administrations des Régions et de l'Etat, aux experts ou encore aux chercheurs, la rencontre organisée par la Société française d'évaluation le 10 avril dans les locaux de l'Apec a permis d’aborder trois grandes thématiques :

  • Comment les politiques d'emploi et de formation apprennent-elles de l'évaluation des politiques ?
  • Comment rendre évaluables les incidences de la formation professionnelle sur les parcours, quels dispositifs de production de connaissances sur les usages de la formation par les individus ?
  • Comment améliorer l'usage des évaluations dans le champ emploi-formation ?

Au cours des tables-rondes, plusieurs idées fortes ont été exprimées.
 
Les participants ont identifié un enjeu important de temporalité de la mise en œuvre des évaluations de politiques emploi/formation. Méthodologiquement, il faut du recul pour évaluer. Mais les décideurs souhaitent souvent disposer rapidement d’informations sur les résultats des politiques déployées. Les premiers résultats sur la mise en œuvre du Compte Personnel de Formation seront sans doute exigés dès 2017 !
 
Les échanges ont également montré qu’il est nécessaire, dans le cadre de l’évaluation des dispositifs emploi/formation, de procéder à des suivis longitudinaux de parcours des personnes. Pour cela,  il faut être en capacité de croiser trois types de sources : des éléments de suivi administratif (données DADS, etc.), des enquêtes ad-hoc auprès des publics (panels, etc.), des tests auprès des publics (par exemple sur la maîtrise des savoirs de base).
 
Par ailleurs, il a été rappelé qu’un indicateur de résultat n’est pas une évaluation : l’évaluation est l’interprétation que l’on fait de l’indicateur concerné. Ainsi, si l’évaluation d’un dispositif visant l’insertion des jeunes montre que ce dernier conduit au contraire à une augmentation du chômage des jeunes, faut-il en conclure que le dispositif est contreproductif ? Non puisque le dispositif a rendu visibles des invisibles qui sont ainsi entrés dans la catégorie statistique des chômeurs. Il faut donc se garder des raccourcis intellectuels, souvent portés par une certaine vulgate de l’évaluation, hostile par nature aux politiques sociales.
 
Les participants ont également souligné l’acculturation des partenaires sociaux à l’évaluation des politiques d’emploi et de formation professionnelle. Au départ, les partenaires sociaux considéraient l’évaluation des dispositifs emploi/formation comme un enjeu de négociation, voire un objet de rapport de forces. Aujourd’hui, ils considèrent davantage l'évaluation comme une démarche d’analyse mobilisant une instance d’évaluation pluraliste. L’évaluation devient un élément, parmi d’autres, qui peut  éclairer leur position politique.

Pour en savoir plus : Société française d'évaluation
 
Gilles Bensaïd

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