Penser l’âge autrement que comme un déclin

09 Novembre 2020

Penser l’âge autrement que comme un déclin © Adobe Stock Alors que l’âge est le plus souvent considéré comme un problème en entreprise, Corinne Gaudart, directrice de recherche au CNRS et experte de l'âge en entreprise, propose un changement radical de regard.

« Si les entreprises considéraient l’expérience comme une ressource créative, elles penseraient le vieillissement comme un processus et non plus comme un déclin, prêt-à-penser encore bien ancré », explique Corinne Gaudart, Directrice de recherche au CNRS, ergonome et co-directrice du Lise (Cnam), lors de son intervention à l’Université ouverte des compétences (UODC) le 5 novembre dernier.

« L’expérience permet de construire des passerelles entre passé, présent et futur et, de fait, d’envisager des scénarii d’avenir, d’ouvrir des possibles et par là même de relire l’expérience vécue, qui devient alors une richesse au bénéfice non seulement de l’individu mais de tous », poursuit l’intervenante, citant quelques entreprises novatrices dans l’approche.  

La question centrale de l’amphi-débat « Comment peut-on vieillir dans le travail, c’est-à-dire vivre au travail ? » est abordée après rappel des évolutions du travail de ces dernières décennies (allongement de la durée de vie professionnelle ; transformation des organisations autour de la standardisation des process, de la culture clients et de l’intensification du travail ; transformation de la culture RH autour de la responsabilisation individuelle et de la polyvalence au nom de la compétence) et rappel des résultats de l’enquête longitudinale « Santé et itinéraire professionnel » menée par le Créapt, portant sur les évolutions des conditions de travail *: près de 90% des salariés considèrent les changements d’organisation nocifs pour leur santé, et seuls 9% (jeunes salariés à l’évolution ascendante) l’apprécient positivement. Du fait de l’intensification du travail, les personnes ont le sentiment de ne pas avoir suffisamment de temps pour faire un travail de qualité, elles souffrent de revoir leurs critères de qualité à la baisse, elles se sentent finalement enfermées dans le présent (cf. notion de présentisme de François Hartog).

Dans ces conditions, comment continuer à travailler, autrement dit qu’est-ce que (bien) travailler veut dire ? Corinne Gaudart éclaire le débat rappelant qu’« on ne fait jamais ce qu’on nous demande de faire pour de bonnes raisons car le travail est fait d’imprévus, auxquels il faut faire face, ce qui nécessite d’être créatif ». Cette nécessaire créativité (cf. innovation ordinaire de Norbert Alter, trop souvent invisible) est possible si la personne mais aussi le collectif « peut tricoter passé, présent et futur’, c’est-à-dire construire une solution à partir du vécu et en envisageant l’avenir. »

La culture française est encore marquée par la sortie précoce du marché du travail que les politiques publiques, « déconnectées du monde du travail au quotidien et confondant facilement emploi et travail » selon Corinne Gaudart, avaient mises en place jusque dans les années 90. Un jour peut-être évoluera-t-elle comme en Europe du nord, et considérera-t-elle l’expérience comme une (re)ssource de créativité.

Françoise Lemaire

(*) Les changements d’organisation provoquent 6 types d’effets : intégration/relégation – Intensification du travail/retrait du travail – Pénibilité accrue/mise à l’abri.

 

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