Marché du travail : la grande fracture ?

12 Juin 2015

Marché du travail : la grande fracture ? © Fotolia Une nouvelle étude de l'Institut Montaigne interroge les conditions de la création d’emplois dans une économie post-industrielle.

S'appuyant sur les données de l'enquête annuelle Emploi de l'Insee, une étude de l'Institut Montaigne souligne que le marché du travail français subit depuis 30 ans un choc inégalitaire : sous l'effet du progrès technologique et de la désindustrialisation, les emplois " automatisables " ont disparu, induisant une forte polarisation du marché entre des métiers très qualifiés d'une part, et des emplois de service de l'autre.

En 2012, les actifs ayant un niveau d'étude inférieur au baccalauréat représentaient plus de 61 % des demandeurs d'emploi. La France se distingue d'autres pays européens par le poids important des peu qualifiés dans sa population active (25 % des 25-64 ans en 2013). Toutefois, cette situation est un héritage du passé : dans les nouvelles générations, la proportion des non-qualifiés est comparable en France à la moyenne de l'OCDE.

En outre, le fort taux de chômage observé chez les jeunes est lié au fait que les étudiants ne faisant pas partie de la population active, les non qualifiés sont surreprésentés au sein de ce public. Bien plus qu'une affaire de jeunes, le chômage français est donc un fléau qui touche les peu qualifiés.

L'employablilité des personnes peu qualifiées se dégrade

La place de l'industrie en France a fortement décru, l'emploi ouvrier s'est raréfié, et désormais la valeur ajoutée de l'économie française réside dans les services.

La polarisation du marché du travail s'est traduite par un accroissement substantiel des inégalités de salaires. Les emplois de services à la personne sont des emplois à faible productivité et dont la rémunération est plus basse que celle des emplois d'ouvriers qualifiés ou d'employés.

L'employabilité des travailleurs non qualifiés a été considérablement altérée ces dernières années par deux phénomènes conjoints : les évolutions technologiques, qui permettent une automatisation poussée des tâches simples, et la concurrence avec les pays en développement. Entre 1990 et 2010, le coût du travail non qualifié en France a augmenté de 12 % et est aujourd'hui trop élevé pour permettre à la création d'emplois non qualifiés d'absorber le choc de la polarisation.

Si les diplômés français s'expatrient de plus en plus, la France accueille un nombre important et stable de talents étrangers. Il est donc encore temps pour le pays de rester un pôle d'attraction des talents. Cette question de l'attractivité se pose de façon particulièrement aigüe dans le domaine de la recherche car les conditions offertes par l'université française se dégradent par rapport à celles des pays concurrents. La France doit également améliorer le circuit de l'apprentissage et la formation professionnelle, et faciliter la mobilité d'un secteur à un autre.

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Sandrine Damie

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