«  Les parcours professionnels se construisent au gré des opportunités et non plus selon une logique de projet prédéterminé »

22 Octobre 2021

© Fotolia Invité de l’Université ouverte des compétences (UODC), André Chauvet, consultant spécialiste de l'orientation et directeur de « André Chauvet Conseil », fait part de son analyse sur l’accompagnement en évolution professionnelle.

« La conception des dispositifs par les institutionnels, pensés en termes de gestion des flux, n’est plus en phase avec la demande des personnes car insuffisamment pertinentes pour celles-ci » souligne André Chauvet. Au point que nombre de dispositifs ne trouvent plus preneurs, comme le confirment des conseillers de Pôle emploi ou des mission locales. En effet, « plus il y a de pression sur la conformité (les normes), moins il y a de pertinence considérant la situation et les contraintes de la personne » explique-t-il.

Pour le consultant, cette désynchronisation de l’offre et la demande traduit l’incertitude qui caractérise désormais notre société. Forts de l’expérience de la Covid, où la place du travail est plus que jamais interrogée, les individus se questionnent : « Qu’est-ce que je contrôle quand je ne contrôle plus rien ? Comment construire ma vie dans un environnement imprévisible ? ». Au lieu de proposer des dispositifs « tout faits », ne faudrait-il pas envisager de coconstruire avec la personne un dispositif qui lui convienne ? « Je parle là de dispositif personnalisé, et non de blocs d’une offre de services », souligne André Chauvet, dénonçant ainsi une confusion dans les termes employés. A cette occasion, il précise que « l’information » vise à donner des points de repères, c’est donc l’appropriation des informations et pas seulement leur délivrance qui est en jeu ; et que « le conseil » peut être entendu soit comme une recommandation, parfois attendue par la personne, soit comme une « co-construction d’une solution. ».

Dans cet environnement instable, changer de travail se présente plus que jamais comme un dilemme pour la personne, considérant la difficulté d’identifier les risques. C’est là que le conseiller intervient. Il aide à poser les questions, obtenir des informations, envisager des solutions et choisir celle qui apparaît la plus appropriée du point de vue de la personne. Parmi ces solutions, et trop souvent regrette l’intervenant, la formation, « qui occupe une place considérable dans la construction des parcours, alors qu’elle n’est qu’une solution parmi d’autres. »

Le conseil en évolution professionnelle, « métier qui se construit sur des dispositifs, voire des réglementations » rappelle André Chauvet, évolue sous deux aspects. Il est considéré par les personnes comme une ressource parmi tant d’autres tels les réseaux sociaux ou les proches ; il est proposé sous une diversité de formes, par exemple à distance désormais. De fait, quelle est la forme parfois hybride qui convient le mieux à la personne ? André Chauvet relève que les professionnels du conseil en évolution professionnelle (qui concerne moult conseillers, pas seulement ceux du dispositif CEP, précise-t-il) jouent un triple rôle : d’aide à la réflexion sur l’expérience vécue, mais aussi de guide dans la complexité des dispositifs auxquels la personne peut avoir accès selon son statut, et de traducteur des multiples acronymes qui émaillent le milieu.  

Par ailleurs, si les principes d’actions font consensus, les principes d’intervention le font moins. En effet, les gestes professionnels, qui tiennent à une manière de regarder, d’écouter et sont situés dans un espace transitionnel singulier par nature, sont invisibles sinon par la personne accueillie. Se sent-elle réduite à ses difficultés ou porteuse de ressources que l’environnement aidera à mobiliser ? Aura-t-elle, par exemple, l’occasion « d’élargir son champ d’expériences, construisant tel un ryzhome un parcours professionnel au gré des opportunités et non plus selon une logique de projet prédéterminé » ? En effet, c’est « la réflexion sur les expériences vécues qui donne du sens au parcours » dorénavant, et c’est donc un droit à l’expérience qu’il faudrait revendiquer.  

Françoise Lemaire

 

 

 
 
 

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