Les dynamiques interactionnelles en Conseil en évolution professionnelle (CEP) : entre dialogue conjoncturel et délibération de carrière

06 Septembre 2021

Les dynamiques interactionnelles en Conseil en évolution professionnelle (CEP) : entre dialogue conjoncturel et délibération de carrière (lecture) © L'Harmattan Françoise Laroye-Carré, docteure en sciences de l’éducation et de la formation, a mené une étude à partir de 46 entretiens entre conseillers CEP et bénéficiaires afin de repérer comment les interactions se réalisent et ce qu’elles produisent.

Considérant les secousses du marché de l’emploi et les transformations des métiers, le CEP est proposé aux adultes depuis 2014 comme aide à l’« Orientation tout au long de la vie (OTLV) », entendue désormais comme un processus permanent de recherche d’employabilité.

La méthodologie mise en œuvre permet à l’auteure de remarquer que :

  • la présentation du CEP par les conseillers aux bénéficiaires est quasi inexistante, posant la question de l’information sur les droits à l’orientation ;
  • la fréquence et la durée des entretiens varient selon l’institution (« chaque opérateur propose un service spécifique associé finalement bien souvent à son expertise originelle ») et la situation socio-sanitaire des personnes ;
  • les entretiens se déroulent souvent selon des rituels et un script-type : analyse de la situation professionnelle souhaitée ; enquête métier à faire-faire ; financement d’un projet de formation/évocation du CPF ;
  • la demande des personnes varie selon six thématiques, mais concerne prioritairement un projet de formation ou de bilan de compétences, ou un projet de reclassement. Les préoccupations « s’inscrivent la plupart du temps dans une perspective à court terme, voire d’urgence » ;
  • une relation de service « à dominante technique » s’établit où la maîtrise de la situation appartient plutôt au conseiller qu’au bénéficiaire ;
  • la posture adoptée par le conseiller est plutôt informative/prescriptive, que « de soin, délégataire ou transgressive » ;
  • « une véritable culture numérique semble s’installer dans les pratiques du CEP », visant soit à informer sur les métiers, soit à « confirmer le réalisme du projet » ou à aider à rechercher un emploi.

Françoise Laroye-Carré identifie le service rendu à l’aune de six critères qu’elle passe en revue pour chacun des réseaux observés (segmentation du public, priorités institutionnelles, temporalité, itération, réflexivité et postures d’accompagnement). Elle note que l’offre se déploie à partir de l’expérience personnelle des professionnels, c’est-à-dire des gestes professionnels intégrés. Ces derniers « semblent manifester des besoins de formation ou d’échanges entre pairs pouvant constituer des ressources utiles au développement de leur activité et une forme de soutien social […] afin d’échapper au sentiment de solitude. »

L'auteure distingue deux fonctions du CEP « pouvant être néanmoins complémentaires » et mobilisées selon la demande de la personne : l’une, le dialogue conjoncturel, est relative à l’employabilité des personnes et s’inscrit dans l’action à court-terme (ex : techniques de recherche d’emploi), tandis que l’autre, dite délibération de carrière, est relative à l’OTLV et implique des activités réflexives d’anticipation de l’avenir. Ces deux modèles d’accompagnement dans le cadre du CEP, visant à repérer soit ce que nous pouvons faire, soit ce qui pourrait nous arriver, présentent des potentialités de natures différentiées. Pour l’auteure, ces deux logiques ne sont « ni opposables, ni comparables » car essentiellement déterminées par la demande des personnes. Aussi pose-t-elle la question : « comment faire [pour que] le CEP fournisse aux bénéficiaires des aides transformatives versus informatives » ? A quel moment cet espace de dialogue devient-il un « espace de délibération réflexif dans les processus de choix professionnel et de carrière » ?

Il s’agit bien là de compétences à s’orienter, qui nécessitent d’adopter une logique d’anticipation malgré le monde incertain, afin de saisir les opportunités qui se présentent, ce faisant de « faire preuve d’autonomie » en mobilisant, plus par choix que par obligation, l’aide extérieure d’un professionnel.

« Le conseil en évolution professionnelle (CEP) : entre dialogue conjoncturel et délibération de carrière », l'Harmattan, 23 €

Françoise Lemaire

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