Le réseau Epale débat de l’accès aux compétences de base en prison

05 Janvier 2021

Le réseau Epale débat de l’accès aux compétences de base en prison © Adobe Stock La discussion engagée par le réseau Epale sur les politiques de formation aux compétences de base en prison le montre, les fondamentaux ne sont pas différents du milieu ordinaire, mais ils sont exacerbés.

« En fin de compte les prisonniers seront libérés, ils retourneront dans nos communautés et nous devons les préparer à aller au lycée ou à l’université. » Ainsi résumé par James King, responsable de l’apprentissage et des compétences au sein de l’administration pénitentiaire écossaise et secrétaire de l’Association européenne pour l’éducation en milieu carcéral (Epea), l’enjeu est simple : une période d’emprisonnement ne doit pas être une parenthèse stérile mais autant que faire se peut, être profitable à la réinsertion des détenus.

Comme sur bien d’autres sujets, il n’existe pas d’approche européenne unifiée sur la question. La gouvernance des politiques éducatives et de formation en prison est parfois à la main des administrations pénitentiaires, parfois sous la responsabilité des ministères concernés et d’autres fois sous responsabilité régionale ou des établissements pénitentiaires eux-mêmes. Pour James King, une telle situation n’aide pas au respect du « droit fondamental des personnes incarcérées à avoir accès à une éducation qui réponde à leurs besoins et à leurs aspirations. »

Spécificités du public

Maria Toia, chercheure au Centre roumain pour la promotion de l’apprentissage tout au long de la vie (CPIP) et experte European basic skills network (EBSN), souligne d’emblée qu’une approche limitée aux compétences de base n’a que peu de chances d’aboutir. Au-delà de ses carences académiques, la population carcérale doit souvent composer avec un passif lourd de contentieux avec le système éducatif. Raison pour laquelle il importe de travailler la question du « ré-engagement dans le processus d’apprentissage », avant de dispenser une formation aux compétences de base. L’objectif ne passe pas seulement par les détenus mais aussi par un important effort de « professionnalisation » des équipes pédagogiques : « ce n’est pas parce que les compétences sont de base qu’elles sont basiques à enseigner », prévient-elle. Et d’insister : « ceux qui enseignent aux détenus doivent non seulement détenir une compréhension spécifique de leurs besoins et du contexte d’apprentissage, mais aussi être capables de déployer des stratégies de ré-engagement. »

Pour James King, il est important de reconnaître que l’éducation en prison est un environnement unique au sens des restrictions et des limites, qui n’est ni un lycée ni une université. Il le souligne, « les prisonniers sont souvent des personnes vulnérables en prise avec des antécédents en matière de santé mentale et d’addictions, l’éducateur pénitentiaire doit en être conscient pour trouver des stratégies de contournement. »

Digital et prison

Sans surprise, la crise sanitaire en cours a aussi impacté l’accès à l’offre de formation en prison. Si les formateurs se sont montrés innovants et engagés, il apparaît qu’ « environ seulement la moitié des institutions pénitentiaires européennes ont accès à internet », explique le secrétaire de l’Epea. Qui plus est, cet accès est souvent limité à des sites contrôlés quand il existe. Alors que le digital irrigue toutes les facettes de nos vies, personnelle comme professionnelle, James King insiste pour que les lieux de privation de liberté intègrent pleinement le numérique : « je peux comprendre les contraintes carcérales mais la technologie peut fournir les garanties appropriées », assure-t-il.

Favorable au déploiement du digital, James King n’en prévient pas moins : « plus nous adoptons le numérique, ce qui est une bonne chose, plus nous ne devons jamais oublier que l’interaction humaine est cruciale » pour la réussite éducative.

Epale : plateforme électronique pour l’éducation et la formation des adultes en Europe

Nicolas Deguerry (Centre inffo pour Défi métiers)

 

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EPALE discussion: Basic Skills Provision in Prisons