La formation, un levier essentiel pour l’emploi des seniors

22 Septembre 2021

La formation, un levier essentiel pour l’emploi des seniors © Andrea Piacquadio (Pexels) Un récent rapport parlementaire avance 34 propositions pour permettre à la France de combler son retard en matière d’emploi des seniors. La formation y figure en bonne place en tant que soutien à la sécurisation des parcours et appui au retour à l’emploi.

Après six mois de travaux, la mission d’information présidée par la députée du Nord, Valérie Six (UDI et indépendants) a présenté son rapport sur « l’emploi des travailleurs expérimentés » en commission des affaires sociales, le 15 septembre. Avec 34 propositions concrètes, ce rapport de plus de 130 pages fournit une « boîte à outils » dans laquelle puiser alors que les tensions s’aggravent sur le marché du travail et que le gouvernement cherche à les résorber.

Dans la continuité du rapport « Bellon-Mériaux-Soussan » remis au gouvernement en janvier 2020, les auteurs recommandent d’utiliser le terme « travailleurs expérimentés » plutôt que « seniors », ce dernier ayant selon eux une connotation péjorative. Et comme d’autres avant eux, ils inscrivent leurs préconisations dans « une approche multidimensionnelle » où la formation tient un rôle essentiel. C’est en effet, un levier à actionner « en amont » pour prévenir l’obsolescence des compétences et favoriser le maintien dans l’emploi. A condition que les seniors s’emparent de leur droit à la formation…. Or, « passé un certain âge, les travailleurs expérimentés renoncent à se former », observe Didier Martin (LaREM), un des corapporteurs.

Déplafonner le CPF des plus de 45 ans

Pour les encourager à passer à l’action, la mission d’information préconise d’adapter les dispositifs existants aux besoins spécifiques des plus expérimentés. Ils proposent par exemple de déplafonner le compte personnel de formation (CPF) des salariés de plus de 45 ans, limité aujourd’hui à 5 000 euros (8000 euros pour les moins qualifiés). Cette mesure permettrait de financer des parcours plus longs et plus coûteux et faciliterait les projets de reconversion en seconde partie de carrière.

Prioriser l’accès au CEP

Et pour mieux accompagner ces parcours, la mission d’information propose de faire évoluer le cahier des charges des opérateurs de conseil en évolution professionnelle (CEP) afin qu’ils portent une « attention prioritaire » au plus de 45 ans. Pour cette population qui peut avoir du mal à s’investir dans des apprentissages traditionnels, les rapporteurs suggèrent par ailleurs d’adapter les modalités de formation et de privilégier les actions en situation de travail.

Muscler les dispositifs de reconversion

Vis-à-vis des séniors privés d’emploi, les auteurs préconisent là encore de renforcer les dispositifs de reconversion. Réservé aux salariés, le projet de transition professionnelle pourrait par exemple être élargi aux demandeurs d’emploi de plus de 45 ans. Autre piste à explorer : mieux faire connaître le contrat de professionnalisation ainsi que les aides à l’embauche associées. Seuls 4,3 % des bénéficiaires de ce contrat sont âgés de 45 ou plus, rappellent les députés.

Accompagnement renforcé

Un des défis à relever est d’éviter que les seniors s’installent dans le chômage de longue durée. Pour ce faire, les auteurs préconisent d’agir le plus tôt possible et de mettre en place un suivi particulier, ce que Pôle emploi ne propose plus depuis quelques années. Pourtant les initiatives locales qui s’inscrivent dans une logique d’accompagnement renforcé donnent de bons résultats, selon Stéphane Viry (LR), co-rapporteur. D’où la proposition des députés, d’expérimenter sur plusieurs territoires un programme d’accompagnement des demandeurs d’emploi de plus de 50 ans en mobilisant les agences de Pôle emploi ainsi que des ressources locales au plus près des bassins d’emploi.

Tous ces leviers en faveur de l’employabilité et de l’accompagnement vers l’emploi sont à conjuguer avec d’autres actions : incitations au retour à l’emploi, développement des échanges intergénérationnels dans l’entreprise, aménagement des conditions de travail en fin de carrière, meilleure articulation entre vie active et retraite… Le défi de l’emploi des travailleurs expérimentés nécessite une « pluralité de réponses », rappelle Valérie Six.

Estelle Durand (Centre inffo pour Défi métiers)

 

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