Faible impact du Pic sur les moins qualifiés (rapport d’évaluation)

02 Décembre 2022

© Fotolia En 4 ans, le Pic a enclenché une forte dynamique en matière de formation des personnes en recherche d’emploi ; les résultats sur les publics les plus ciblés sont mitigés. Ses priorités et ses modalités ont contribué à faire évoluer l’offre de formation.

Doté d’un budget de près de 15 milliards d’euros sur cinq ans, le Plan d’investissement dans les compétences (Pic) continue de marquer de son empreinte les statistiques de la formation des demandeurs d’emploi. En 2021, quatre ans après son lancement, le comité scientifique chargé de l’évaluation de ce plan ambitieux recense 863 000 entrées en formation sans compter les actions menées dans le cadre de programmes nationaux centrés sur l’inclusion de publics spécifiques (prépa compétences, prépa apprentissage, etc.) qui représentent 172 000 inscriptions. Avant le déploiement du Pic, le nombre d’entrées en formation pour les personnes en recherche d’emploi était de 682 000 en 2015. Cet indicateur a connu un pic en 2016 (un million) sous l’effet du plan « 500 000 formations supplémentaires » avant de passer à 801 000 en 2017, selon le 3ème rapport du comité scientifique publié le 24 novembre. Au total, plus de 3 millions d’entrées en formation ont été enregistrées sur quatre années de déploiement du Pic (hors programmes nationaux).

Moindre effet sur les personnes moins qualifiées

Sur le plan qualitatif, le bilan s’avère plus mitigé. Une des cibles prioritaires du plan était les demandeurs d’emploi les moins qualifiés. Leur taux d’accès à la formation dans les douze mois suivant leur inscription à Pôle emploi a bel et bien progressé depuis le déploiement du Pic. Pour les personnes n’ayant pas le bac, cet indicateur est passé de 8,5 % en 2017 à 11 % en 2020. Mais cette progression tient avant tout à l’augmentation du volume des formations en général. Les moins qualifiés en ont bénéficié comme le reste de la population, note le comité scientifique. Les personnes disposant d’un niveau inférieur au bac représentent la moitié des entrées en formation, une proportion équivalente à celle observée en 2018. Même constat pour les publics « vulnérables » (jeunes sans qualification, personnes en situation de handicap, demandeurs d’emploi de longue durée, seniors de plus de 55 ans) : leur part dans l’ensemble des entrées en formation a peu évolué entre 2018 et 2021. « La volonté de cibler les efforts du Pic sur les moins qualifiés peine à se traduire concrètement et (…) les ressources importantes déployées par le plan ne l’ont pas été particulièrement au bénéfice des publics les plus fragiles », note le comité scientifique.

Des freins à lever

En pratique, de nombreux freins à l’entrée en formation persistent (motivation, moyens financiers ou logistiques). L’accès aux prestataires de formation en zone rurale en fait partie, l’offre étant inégalement répartie dans les territoires. S’ajoute à cela un phénomène de sélection. « Les organismes de formation ont plus souvent tendance à convoquer et retenir les candidats les plus diplômés ». Et « ces derniers donnent plus souvent suite à une convocation », indiquent les auteurs du rapport.

L’effet accélérateur des pactes régionaux

Sur le plan opérationnel, le Pic s’est déployé en grande partie à travers les pactes signés avec les Régions, à l’exception de deux d’entre-elles (Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur). Ces partenariats ont eu un effet vertueux, malgré la complexité des montages financiers et la difficile coordination avec les dispositifs engagés au niveau national. En moyenne pour la période 2018-2020, les dépenses des Régions signataires se sont avérées 48 % plus élevées que les budgets qu’elles s’étaient engagées à mobiliser. « Les ressources allouées à travers les pactes ont permis d’accélérer les actions et les orientations des Régions », observe Marc Gurgand, président du comité scientifique.

Evolution des pratiques d’achat et de l’offre de formation

La dynamique du Pic a également contribué à faire évoluer les modalités d’achat des Régions et l’offre de formation, selon Carole Tuchszirer, vice-président du comité scientifique. Individualisation et modularisation des formations, entrées et sorties permanentes, travail en réseau pour proposer des parcours sans couture… : autant d’actions complexes à mettre en œuvre qui commencent à se concrétiser. Sans compter le développement de formations préparant à des métiers stratégiques ou en tension, – une autre priorité du Pic – et l’essor des parcours de préqualification, de remise à niveau ou de remobilisation. Leur nombre a augmenté depuis 2017 et leur efficacité également. En 2020, 32 % des bénéficiaires de ces parcours « préparatoires » sont inscrits en formation dans les 12 mois qui suivent, contre 24 % en 2017. Ces transformations qualitatives de la formation sont longues à se concrétiser et difficile à observer, selon le comité scientifique. La dynamique est réelle, « mais partielle et inachevée, pour des changements qui demandent un soutien dans la durée. » Reste à savoir comment se prolongera cet élan avec la disparition annoncée du Haut-commissariat aux compétences qui pilotait jusqu’à présent le Pic et la structuration prochaine de France Travail.

Le 3ème rapport du comité scientifique de l’évaluation du Plan d’investissement dans les compétences

Estelle Durand (Centre Inffo pour Défi métiers)

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