Ecole de la 2ème chance de Seine Saint-Denis, 20 ans d’innovations

23 Juin 2022

Ecole de la 2è chance de Seine Saint-Denis, 20 ans d’innovations © Fotolia Les 20 ans de l’E2C de Seine-Saint-Denis sont l’occasion de mettre en lumière les atouts de ce modèle, qui parvient à remettre en emploi ou en formation 62% de ses stagiaires, grâce à une pédagogie adaptée et sans cesse améliorée.

Vingt ans après l’ouverture de son premier établissement à La Courneuve, l’Ecole de la 2e chance de Seine-Saint-Denis, qui accompagne 624 stagiaires [1] par an répartis dans quatre lieux [2], en partenariat avec 8 000 entreprises, affiche 62% de sorties positives et jusqu’à 68% dans l’année qui suit.

Avec un public jeune, sans diplôme, et au niveau hétérogène, l’E2C mise sur l’individualisation des parcours : « Un plan de formation est établi en fonction du niveau du jeune et de son projet. Neuf domaines sont travaillés en ateliers de remise à niveau – dont la communication écrite, orale, les maths, le numérique, etc », indique Hervé Coué, directeur de l’E2C Seine-Saint-Denis. Un « parcours citoyen », des ateliers culture, philosophie et théâtre sont également proposés, et les classes ne dépassent pas 12 élèves.

20 ans d’adaptations pédagogiques

Pour former en quelques mois des jeunes en délicatesse avec le système scolaire – « qui parfois ont décroché depuis la 5ème », précise le directeur – l’E2C a su adapter et perfectionner sans cesse sa pédagogie. Dès 2006 une recherche-action visait à accompagner des élèves « faibles scripteurs et lecteurs », et en 2008 un dispositif expérimental cherchait à répondre aux problématiques d’illettrisme. Plus récemment, en 2019, l’école a expérimenté l’accueil d’un public au RSA et de stagiaires non francophones, pour lesquels elle a créé un module FLE (français langue étrangère).

Approche compétences

Depuis un an, l’E2C de Seine-Saint-Denis est passée à « l’approche par compétences », pour « mettre l’accent sur les savoirs mobilisables en situation professionnelle plutôt que sur des connaissances théoriques pures ». Enfin, la « pédagogie par projet » vise à ancrer les savoirs durablement : Par exemple, le potager urbain de La Courneuve est un support pour travailler sur le développement durable, et à Rosny-sous-Bois un projet sur l’esclavage nourri par des visites, rencontres et créations, a mobilisé des compétences variées. « Une grande liberté pédagogique est laissée aux formateurs et les notes sont proscrites », précise Dimitri Sandler, formateur en philosophie.

Alternance et implication des entreprises

L’autre force du modèle repose sur l’alternance : trois semaines à l’école et trois semaines en entreprise, ce qui permet aux stagiaires de réaliser de 4 à 7 stages sur un parcours de six à dix mois. « Ces stages variés les aident à affiner leur projet professionnel, et ces expériences leur permettent d’acquérir le savoir-être attendu par les employeurs », observe Dimitri Sandler.

Implication déterminante

L’implication des entreprises est déterminante. En 20 ans, plus de 8 000 d’entre elles se sont investies en présentant leurs métiers, en accueillant des stagiaires, en participant aux « job-coaching » ou simulations d’entretiens d’embauche, ou encore en parrainant des stagiaires par un suivi mensuel. « J’essaie de faire découvrir aux jeunes des entreprises atypiques, auxquelles ils n’auraient pas pensé, et de susciter l’envie. Vis-à-vis des employeurs notre rôle est de casser les stéréotypes, leur montrer que nos jeunes ont des capacités et qu’ils sont volontaires », indique Thomas Guichard, responsable des relations entreprises. Des « parcours-métiers », ciblant les filières en tension, sont en train d’être montés.

Mariette Kammerer (Centre inffo pour Défi métiers)

Notes

1. La Courneuve, Pantin, Rosny-sous-Bois, Sevran.
2. Les stagiaires, de 16 à 25 ans, bénéficient d’une allocation de 500€ par mois pendant la durée du parcours.

 

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