Comment mettre en œuvre une pédagogie « innovante » ?

26 Novembre 2018

© Fotolia Comment faciliter les apprentissages des jeunes en situation de décrochage et des demandeurs d’emploi éloignés du marché du travail ? Des pistes de solutions ont été suggérées lors de la matinée de l’Afref du 22 novembre.

Lors de la matinée de l’Afref du 22 novembre dernier, intitulée « Neurosciences et formation pour adultes », J. Fradin, directeur de l’IME (Institut de médecine environnementale) a expliqué que « tout le monde n’apprend pas de la même façon ».

Ainsi, plusieurs éléments clés ont été identifiés : la motivation, qu’elle soit d’ordre intrinsèque ou extrinsèque ; l’attention qui nécessite d’être stimulée toutes les dix minutes ; la perception de l’information par la personne ainsi que l’émotion qui facilitent la mémorisation (et la décision par ailleurs) ; les aptitudes de la personne (en reconstruction permanente). Chacun d’entre nous est capable d’apprendre mais différemment considérant les divers mécanismes de mémorisation. Sans cesse reconfigurées, les interconnexions cérébrales permettent de compenser si nécessaire. C’est ainsi qu’une phobie ne s’oublie pas mais est transformée.

A partir de tous ces éléments, Karine di Fusco, consultante, a proposé dix recommandations aux formateurs des adultes :   

  1. Porter attention à l’attention, dont la capacité est limitée à quinze minutes et dégradée au bout de dix minutes. Celle-ci est entamée par le stress (installer un climat de confiance), les « sirènes attentionnelles » (sms, etc.), le manque de sommeil aux vertus réparatrices, la position assise. C’est ainsi que, contrairement aux usages, être en mouvement facilite l’acte d’apprendre ;
  2. Réveiller les sens. Chacun apprend plus facilement soit par la vue, soit par l’ouïe, etc. Il est important de varier les sollicitations, ce qui permet, par ailleurs, de soutenir l’attention ;
  3. Se limiter à une structuration des informations en quatre points clés ou thèmes, présentés du plus simple au plus compliqué ;
  4. Répéter une nouvelle information, sous différentes formes idéalement, permet aux apprenants de la mémoriser durablement ;
  5. Organiser des jeux (des quizz par exemple) permet d’apprendre par essais/erreurs, de créer des ruptures de rythme, de relancer l’attention, sous quelques réserves néanmoins : calibrer l’exercice au niveau des participants, augmenter la difficulté au cours du jeu, mettre les participants en compétition avec eux-mêmes mais pas avec les autres ;
  6. Répondre aux questions au fur et à mesure, ce qui permet, non seulement, d’apprendre mais de soutenir/renforcer la motivation des apprenants ;
  7. Faire des pauses qui permettent de soulager l’effort attentionnel, de bouger physiquement et d’ancrer les notions ;
  8. Donner des choix aux apprenants, ce qui facilite leur engagement en formation et soutient leur motivation (par exemple sur l’ordre des priorités, les horaires de pause, etc.) ;
  9. Privilégier les interactions entre participants ;
  10. Etre humain, bienveillant, en accordant le droit aux essais/erreurs, sans jugement.  

Si les processus d’apprentissages sont connus, c’est leur mise en pratique qui fait encore défaut. Le cœur de l’innovation pédagogique, semble bien se situer dans l’abandon du modèle scolaire au profit de l’organisation des interactions avec et entre les personnes et le respect de leurs contraintes (physiques notamment).

Dans ce contexte, l’utilisation d’outils numériques présente un certain intérêt par exemple pour éveiller/soutenir l’attention des personnes et leur effort à apprendre, sous réserve que celles-ci soient motivées. L’assurance de trouver un emploi à l’issue de la formation pourrait être, de ce fait, un puissant levier à l’engagement en formation des personnes en demande d’emploi.
 
Françoise Lemaire

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