Les grandes entreprises industrielles françaises gagnent en compétitivité

17 Juin 2016

Vincent Charlet - Directeur de La Fabrique de l’industrie

Vincent Charlet L’industrie française doit garder un secteur exportateur innovant et compétitif, et savoir répondre à des besoins nouveaux avec la richesse ainsi libérée. Explications de Vincent Charlet.

« La France compte plusieurs secteurs à haute valeur ajoutée, très performants à l’export. »
Parler d’une France « désindustrialisée » est un peu rapide selon vous. Pourquoi ?
Sur ce sujet, on mélange fréquemment plusieurs phénomènes et plusieurs unités de mesure. Deux millions d’emplois ont été détruits dans le secteur manufacturier depuis 1980 : incontestablement, la charge symbolique est lourde. Cependant, la perte de compétitivité vis-à-vis de la concurrence étrangère n’explique que 15 % de ce reflux. Cela compte moins que l’effet purement statistique de l’externalisation de certains emplois (comptables, restaurateurs, etc.) à des sociétés de services : ils ont simplement été ré-étiquetés « tertiaires » et non détruits. Et, surtout, gardons à l’esprit que c’est dans l’industrie que se fait, depuis les trente glorieuses, l’essentiel des gains de productivité alors que la plupart des emplois nouveaux se créent dans les services. Ce phénomène, qui n’a rien d’alarmant dans l’ensemble, explique près d’un tiers de la désindustrialisation française : même une économie qui fonctionne bien et ne connaît pas de chômage voit mécaniquement son emploi industriel se réduire. Prenons la comparaison avec l’agriculture : par rapport à 1900, ce secteur compte bien moins de main d’œuvre mais produit davantage et nourrit mieux la population. L’industrie a pris le même chemin. Ce qui est essentiel, c’est de garder un secteur exportateur innovant et compétitif et de savoir répondre à des besoins nouveaux avec la richesse ainsi libérée.
Espérer que la France se réindustrialise, cela a-t-il du sens ?
Oui, si l’on parle bien d’une progression de la valeur ajoutée des entreprises industrielles. Cela n’a rien d’évident et passera inévitablement par une montée en gamme des produits et par un effort de compétitivité-coût. C’est en suivant ces deux voies que les industries françaises peuvent gagner des parts de marché, notamment à l’export. En termes d’emplois, des gains sont possibles pour des secteurs ou des territoires dynamiques, mais il me paraît illusoire de promettre une progression sensible des emplois strictement manufacturiers (c’est-à-dire sans compter les services associés) dans tous les secteurs de l’économie française, même si l’industrie redevient aussi dynamique et conquérante qu’on le souhaite.
Des secteurs de notre industrie sont-ils particulièrement performants ?
Oui, bien sûr. La France compte plusieurs secteurs à haute valeur ajoutée, très performants à l’export, tels l’aéronautique, l’aérospatiale, le luxe, l’agroalimentaire haut de gamme, etc. Leurs carnets de commandes sont pleins et leurs perspectives de développement sont bonnes voire très bonnes. Citons aussi les domaines du génie logiciel et des télécommunications, qui se révèlent très efficaces ou encore celui de la fabrication additive (impression 3D) sur lequel on peut bâtir de beaux espoirs.
Existe-t-il un lien entre la taille d’une entreprise industrielle et sa capacité à créer de l’emploi ?
Globalement on peut affirmer que les grandes entreprises gagnent en productivité, notamment grâce à leurs parts de marché à l’export, mais qu’elles détruisent plutôt des emplois en France. A l’inverse, les PME créent des emplois mais réalisent de moindres gains de productivité et se révèlent moins performantes sur les marchés à l’exportation. Quant aux entreprises de taille intermédiaire, elles combinent un ancrage territorial fort, des créations d’emplois et une performance à l’exportation ; mais elles sont malheureusement peu nombreuses. Il faut bien comprendre que ce sont les gains de productivité qui permettent la création d’emplois : grandes et petites entreprises sont donc liées, en symbiose.

Propos recueillis par Christian Capitaine (janvier 2016)

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