Le français, un levier pour l’intégration des populations étrangères

13 Septembre 2016

Isabelle Devaux - Chargée de projets linguistiques à la Direction de la Démocratie, des Citoyens et des Territoires de la Ville de Paris

Isabelle Devaux Isabelle Devaux détaille le contenu des dispositifs de la Ville de Paris en matière de formation linguistique en français et rappelle combien l’apprentissage de notre langue se révèle indispensable pour l’intégration des populations étrangères.

« Deux catégories d’actions ont été définies : celles dites "à visée d’autonomie sociale" et celles dites "à visée professionnelle". »
La ville de Paris se mobilise depuis longtemps sur le terrain de l’offre de formation linguistique en français. Pour quelles raisons ?
Cette mobilisation, qui s’est renforcée en 2004 avec la création de la mission Intégration, se justifie par la place qu’occupe Paris, sur le territoire, en matière d’accueil des populations immigrées. Les besoins dans la Capitale sont importants, l’actualité récente nous le rappelle et l’on sait combien l’apprentissage du français se révèle indispensable pour assurer une politique d’intégration efficace. C’est ainsi que quatre adjoints et adjointes de la Maire de Paris ont mobilisé leurs services dans le cadre de ces formations linguistiques : la Dae (Direction de l’Attractivité et de l’Emploi) ; la Dasco (Direction des Affaires scolaires avec les Cours Municipaux d’Adultes) ; la DJS (Direction Jeunesse et Sport) ; la Dases (Direction de l’Action sociale, de l’Enfance et de la Santé) ; et la DDCT (Direction Démocratie Citoyenneté et Territoires), à travers la Mission politique de la Ville et le Service Egalité Intégration Inclusion.
Quels sont les contenus de ces formations ?
Deux catégories d’actions ont été définies : celles dites « à visée d’autonomie sociale » et celles dites « à visée professionnelle ». Les premières s’articulent autour de la mise en place d’ateliers sociaux linguistiques de quatre à six heures par semaine. Financées par la collectivité parisienne et l’Etat, elles sont animées par des associations de proximité ou des centres sociaux. Quelque 6 000 personnes en bénéficient chaque année. Toujours dans le cadre des actions à visée d’autonomie sociale, citons également le développement des CMA (Cours Municipaux pour Adultes), dont 1/3 de l’offre concerne l’apprentissage du français. Ils accueillent 7 000 apprenants par an et sont pour partie sanctionnés par un diplôme (CFG ; Dilf ; Delf ; DCL FP ; DCL FLE).

Les secondes actions prennent place dans le cadre du dispositif Parcours Linguistique à Visée Professionnelle, qui cible les personnes majoritairement issues de quartiers populaires dont le niveau de français demeure insuffisant pour accéder à l’emploi. Elles sont dispensées au sein d’organismes de formation, de centres sociaux ou d’associations, et se caractérisent par une grande diversité en termes de contenu, de pédagogie ou de rythme de formation afin d’épouser les besoins du territoire ciblé. On y retrouve notamment des formations linguistiques accompagnées d’un travail général sur les instruments de recherche d’emploi, tandis que d’autres s’articulent autour de l’insertion professionnelle dans un secteur d’activité précis. 1 400 personnes en bénéficient chaque année. Ces actions sont financées par la collectivité parisienne et par le Fonds Social Européen.

A ce dispositif s’ajoute le développement des Passerelles Linguistiques vers l’Emploi. Il s’agit de formations qualifiantes, certifiantes ou diplômantes d’une durée de 850 heures maximum, validées par un stage en entreprise de 140 à 420 heures. Elles sont destinées à un public détenteur d’un projet professionnel, en situation de fragilité en langue française. 260 places seront disponibles cette année. Enfin, en complément de ce portefeuille d’actions, citons l’existence du Plan Parisien de Lutte contre l’Illettrisme et pour les Compétences-Clés. Ciblé jeunes adultes, il s’adresse aux personnes en situation d’illettrisme et bénéficie à quelque 150 personnes par an.

La ville de Paris a également mis sur pieds, en début d’année, le Réseau EIF-FEL. De quoi s'agit-il ?
EIF-FEL a pour vocation de mettre en réseau les acteurs mobilisés autour de l’apprentissage du français à Paris. Il doit permettre de contribuer à la sécurisation des parcours de formation grâce à la mobilisation articulée de l’ensemble des dispositifs existants portés par la ville, la Région ou l’Etat. En lien avec Réseau Alpha, deux permanences linguistiques, portées par le Centre Alpha Choisy et le Cefil, ont pour mission d’accueillir, d’évaluer et de préconiser aux publics une offre de formation relative à l’apprentissage de la langue française. Ce projet se déroule sur trois ans avec un 1er terrain d’expérimentation limité aux 13è, 14è et 18è arrondissements.

Propos recueillis par Christian Capitaine (juin 2016)

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