Mieux observer l’illettrisme avec l’extension régionale de l’enquête IVQ

Mis à jour le 02 Décembre 2013

L'enquête IVQ mesure la maîtrise des compétences de base. ©  Fotolia L’Ile-de-France a bénéficié en 2011-2012 d’une extension régionale de l’enquête Information Vie Quotidienne (IVQ) de l’Insee, permettant d’affiner les connaissances disponibles sur les Franciliens en grande difficulté face à l’écrit.

  • Mieux observer l’illettrisme en Ile-de-France

    L'Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) a conduit en 2011-2012 l’enquête Information et Vie Quotidienne (IVQ), dont l’objectif est de mesurer la maîtrise dans la société française des compétences de base : usage de la lecture, de l’écriture et du calcul dans les situations courantes de la vie privée et professionnelle.
     
    A cette occasion, la Direction régionale de l’Insee Ile-de-France a réalisé pour la première fois une extension régionale de l’enquête IVQ, permettant d’affiner les résultats nationaux grâce à la prise en compte d’un échantillon élargi de personnes enquêtées pour la région Ile-de-France. Cette extension régionale a été réalisée en partenariat avec :

    • le GIP Défi métiers ;
    • la Direccte (Direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l’emploi) ;
    • la DRJSCS (Direction régionale de la jeunesse, des sports et de la cohésion sociale) ;
    • l’ANLCI (Agence nationale de lutte contre l’illettrisme).

    Ces partenaires ont souhaité pouvoir bénéficier, avec cette extension régionale, de données enrichies sur l’illettrisme en Ile-de-France ; cette volonté s’inscrit dans le cadre du Plan régional de lutte contre l’illettrisme 2008-2011, et de la préparation du Plan régional de prévention et de lutte contre l’illettrisme 2013-2016.

    Les autres extensions de l’enquête IVQ
     
    Lors de la première enquête IVQ en 2004, deux extensions régionales avaient été conduites en Pays de la Loire et Nord-Pas-de-Calais. L’enquête, qui n’avait pas concerné dans un premier temps la France d’outre-mer, a été répliquée en Martinique en 2006, à la Réunion en 2007 et en Guadeloupe en 2008. Pour la seconde enquête IVQ en 2011, quatre études régionales, en plus de celle de l’Ile-de-France, ont été réalisées : Haute-Normandie, Nord-Pas-de-Calais, PACA et Picardie. A noter également : le FAF.TT, Opca du travail temporaire, a réalisé en 2012 en partenariat avec l’ANLCI une déclinaison de l’enquête IVQ auprès des salariés intérimaires.

  • En quoi consiste l’enquête IVQ de l’Insee ?

    L'enquête Information et Vie Quotidienne (IVQ) réalisée par l’Insee a pour objectif de déterminer le niveau de maîtrise des compétences de base des individus, en compréhension orale ou écrite et en calcul. Réalisée pour la première fois en 2004, l'enquête a été reconduite en 2011 auprès de 14 000 personnes, âgées de 16 à 65 ans et résidant en France métropolitaine. Les résultats de cette seconde enquête ont été repris dans le document « Insee Première »  de décembre 2012.
     
    L’enquête IVQ ne cherche pas à mesurer les acquis scolaires mais à évaluer la maîtrise des compétences de base employées dans la vie quotidienne, notamment dans le domaine de l’écrit : déchiffrer un texte simple (lecture des mots), écrire, comprendre ce qui est lu. Au-delà de la maîtrise de ces compétences de base, l’enquête IVQ récolte également des éléments qui doivent permettre d’appréhender les déterminants des compétences à l’âge adulte.
     
    Un ensemble d’éléments biographiques est ainsi recueilli sur le parcours scolaire de l’enquêté, sa profession, mais aussi le diplôme et la profession de ses parents, ses loisirs, ses habitudes de lecture, etc. Plusieurs questions sont également posées aux personnes présentant des difficultés dans la maîtrise des compétences, sur les stratégies de contournement mises en place dans la vie quotidienne (recours à un proche pour écrire un courrier par exemple).
     
    Le protocole de l’enquête IVQ débute par un module d’orientation, qui porte sur un programme de télévision élaboré spécialement pour l’exercice. Les enquêtés sont invités à répondre à des questions sur son contenu (personnages et intrigue d’un film, invités d’une émission, etc.), et se voient proposer, en fonction de leurs résultats, des exercices adaptés à leurs compétences. Les personnes présentant des résultats faibles sont orientées vers un module conçu par l’ANLCI, qui permet grâce à une série de tests (lecture d’une pochette de CD, dictée d’une liste de courses, etc.) de mesurer leur degré de difficulté à l’écrit.

    L’enquête IVQ ne mesure pas que l’illettrisme
     
    Le terme d’illettrisme ne s’applique qu’aux personnes présentant des difficultés à l’écrit et ayant été scolarisées en France, selon la définition établie par l’ANLCI. Néanmoins l’étude prend en compte une population plus large, qui comprend également les personnes n’ayant jamais été scolarisées ou ayant été scolarisées à l’étranger. Par ailleurs, l’enquête a été effectuée auprès de ménages « ordinaires » et ne couvre pas les personnes vivant en collectivité, notamment les prisonniers, chez lesquels on rencontre des taux plus élevés d’illettrisme que dans le reste de la population. Suite à la publication de l’enquête IVQ 2011-2012, l’ANLCI a réalisé une plaquette qui reprend spécifiquement les chiffres concernant l’illettrisme.

  • Pourquoi réaliser une extension régionale de l’enquête IVQ ?

    En Ile-de-France, l’élaboration du Plan régional de lutte contre l’illettrisme 2008-2011 s’est appuyée sur les données régionales extraites de l’enquête nationale IVQ de 2004-2005. La faiblesse de l’échantillon francilien utilisé pour l’enquête nationale, allié à la nécessité de disposer de données affinées sur une région abritant des populations très différentes, ont néanmoins motivé la décision de réaliser une extension régionale pour l’Ile-de-France lors de l’enquête IVQ 2011-2012.
     
    Pour les différents partenaires mobilisés autour de ce projet, l’extension de l’enquête IVQ répondait également à l’un des axes prioritaires du Plan régional contre l’illettrisme, fixant l’objectif stratégique de mieux mesurer le phénomène au niveau régional. 
     
    L’extension de l’enquête IVQ pour la région Ile-de-France répond à plusieurs objectifs, parmi lesquels :

    • disposer d’un cadre de référence statistique pour l’élaboration du Plan régional de prévention et de lutte contre l’illettrisme 2013-2016. Les données de l’extension régionale pouvant être complétées en croisant d’autres sources (repérage des personnes en situation d’illettrisme lors de la Journée Défense et Citoyenneté, par les missions locales, etc.) ;
    • effectuer un comparatif de la situation de la région Ile-de-France par rapport à la situation nationale, et par rapport aux autres régions ayant fait l’objet d’une extension régionale ;
    • sensibiliser les collectivités locales à la prévention et à la lutte contre l’illettrisme et les inciter à mettre en œuvre les plans d’actions élaborés au niveau national et régional ;
    • permettre aux acteurs impliqués dans la prévention et la lutte contre l’illettrisme de mieux qualifier leurs actions ;
    • visualiser les territoires et les publics prioritaires pour la mise en œuvre d’actions de prévention et de lutte contre l’illettrisme ;
    • mettre en perspective la problématique de l’illettrisme au regard des préoccupations de décideurs régionaux en matière d’emploi, de formation, de développement économique, d’insertion, ou de cohésion sociale.
  • Les résultats de l’enquête IVQ pour l’Ile-de-France

    Les résultats de l’extension de l’enquête IVQ ont fait l’objet de deux synthèses (A la page n°400 et A la page n°410) et d’un dossier (à paraître), réalisés par la Direction régionale de l’Insee Ile-de-France. Leur analyse apporte un éclairage sur différentes spécificités de la région francilienne.
     
    Plus d’un million de Franciliens sont en difficulté face à l’écrit
     
    En 2011, 1 009 000 Franciliens âgés de 18 à 65 ans, soit 13 %, sont en difficulté importante face à l’écrit (contre 11 % dans les autres régions métropolitaines). Parmi eux, on dénombre 287 000 adultes ayant été scolarisés en France, et qui sont donc considérés comme étant en situation d’illettrisme  (5 % de la population, contre 8 % en province). Une majorité de Franciliens ayant d’importantes difficultés à l’écrit n’ont donc pas été scolarisés ou l’ont été à l’étranger : 72 % contre 32 % dans les autres régions métropolitaines. Cet écart s’explique par le fait que l’Ile-de-France constitue la première région d’accueil des étrangers.
     
    Les chômeurs sont davantage touchés
     
    Un Francilien sur dix en emploi rencontre des difficultés importantes face à l’écrit (11 %), contre un sur sept au chômage (15 %).  Pour les chômeurs, ces difficultés sont un frein pour intégrer un univers professionnel où le recourt à l’informatique et à l’écrit est fréquent. Elles constituent aussi un handicap dans leur recherche d’emploi : pour lire des annonces, rédiger un CV, etc. Dans la région également, 34 % des adultes percevant le RSA sont en  difficulté  importante face à l’écrit, soit une proportion trois fois plus élevée que dans le reste de la population francilienne.
     
    La scolarité et l’âge sont des facteurs importants
     
    Comme dans les autres régions, la scolarité est un facteur déterminant : 71 % des Franciliens sans diplôme et n’ayant pas dépassé l’école primaire ont des difficultés importantes à l’écrit. Une part qui passe à 37 % parmi ceux qui ont le certificat d’études ou n’ont pas de diplôme, mais qui ont néanmoins commencé une scolarité dans le secondaire.  L’âge est également important : 8 % des Franciliens âgés de moins de 40 ans rencontrent des difficultés importantes face à l’écrit, 13 % des 40-49 ans et 22 % des 50–65 ans. Des différences qui s’expliquent par l’allongement de la scolarité dont ont bénéficié les plus jeunes et par l’effritement des acquis pouvant survenir chez les plus âgés, faute d’une pratique suffisante de l’écrit.
     
    La maîtrise des compétences de base chez les femmes : un enjeu en Ile-de-France
     
    En Ile-de-France, les femmes sont tout autant concernées par les difficultés face à l’écrit que les hommes (14 % contre 13 %), contrairement aux autres régions métropolitaines (12 % des hommes, contre 9 % des femmes).  Les Franciliennes sont aussi plus nombreuses que les hommes à ne pas réussir le test de calcul (20 % contre 12 %),  et à rencontrer des difficultés en compréhension orale (18 % contre 13 %).

    Caractéristiques de l’extension francilienne de l’enquête IVQ

    L’extension régionale de l’enquête IVQ a été menée par l’Insee de novembre à janvier 2012. Elle a porté sur un échantillon de près de 1 600 personnes âgées de 16 à 65 ans résidant en Ile-de-France. La méthodologie adoptée étant différente, les données recueillies lors de l’extension régionale de 2011 ne peuvent être comparées avec les chiffres relatifs à l’Ile-de-France issus de l’enquête nationale IVQ de 2004. Elles sont en revanche compatibles avec une comparaison des chiffres au niveau national.

  • Repères chiffrés

    Infographie 1 : La détermination des compétences face à l’écrit dans l’enquête IVQ.

    Dans l’enquête IVQ, chaque personne interrogée passe un premier exercice portant sur un support familier : une page d’un programme de télévision. Cet exercice permet d’apprécier la capacité à lire des mots isolés et celle de comprendre un texte court. En l’absence de difficultés, l’enquêté est orienté vers une série d’exercices de compréhension plus complexes. Sinon, il passe un test composé d’exercices assez simples permettant d’affiner le diagnostic sur les difficultés face à l’écrit.
    Source: 
    Insee Ile-de-France - revue « à la page » n°400 - décembre 2012 - traitement Défi métiers
    Note de lecture: 
    Champ : adultes de 18 à 65 ans, Ile-de-France.

    Infographie 2 : En Ile-de-France, beaucoup plus de personnes scolarisées hors de France ou non scolarisées qu’en province.

    20 % des Franciliens âgés de 18 à 65 ans n’ont jamais été scolarisés ou l’ont été à l’étranger, contre 8 % des adultes dans les autres régions métropolitaines.
    Source: 
    Insee - enquête Information et Vie Quotidienne - 2011 - traitement Défi métiers
    Note de lecture: 
    Champ : adultes de 18 à 65 ans, France entière.
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